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Les montagnes turques de l'émotion

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Après l’immaculé Pamukkale, nous nous mettons en route vers Konya. Même si nous empruntons les axes principaux pour filer droit, nous prenons le temps de sortir prendre l’air sur les routes secondaires. Surtout lorsque notre GPS signale du vert là où ailleurs tout semble désertique. C’est ainsi que nous nous retrouvons non loin du lac Beysehir, à slalomer dans les montagnes, humant cet air frais qui fait si cruellement défaut dans les plaines Anatoliennes. Retrouver les bras de Morphée près du lac paraît tentant, mais comme bien trop souvent, le soleil plongeant dans l’horizon en décide autrement. Nous trouvons donc refuge non loin du Dedegol Daglari, un sommet avoisinant les 3000 mètres. Les bivouacs en pleine montagne se placent au haut du podium: du calme, des étoiles qui semblent n’être là que pour nos petites bouilles souillées par la poussière, et de l’air frais. Bien vite, nous entendons des rires au loin. Nous percerons le mystère demain. 

Curieux de découvrir ces élans de joie qui ont bercé notre nuit, nous nous enfonçons dans la montagne. Pendant que nous rechargeons Pépère en eau de source (occasion idéale pour se rendre compte que notre tuyau s’est fait la malle… mais qui perd un tuyau de 5 mètres de long????), deux hommes s’approchent de nous. Nous mettons quelques instants à comprendre qu’ils sont aveugles. Ils tentent d’entamer la discussion, mais notre turc prend tout juste son envol. Le langage des signes ne nous sera cette fois-ci d’aucune utilité. Hugo tente les onomatopées. Je vous laisse imaginer le garçon simulant le bruit de l’eau, du toit ouvrant ou de l’électricité. Les deux hommes se mettent à rire. C’est bien eux qu’on entendait la veille. 

Ils repartent comme ils étaient venus, mais reviennent accompagnés de plusieurs compères. L’un d'eux est voyant et décrit Pépère en turc, pendant qu’un Hugo amusé continue ses bruitages. Ils nous invitent à déjeuner, s’accrochant presque à la lourde carlingue de notre bête de peur que nous partions. Nous les suivons jusqu’à leur campement, où tous accourent vers Pépère et le touchent pour mieux se l’imaginer. Il y a ici des aveugles, des malvoyants, des sourds et muets, réunis par une association. Ils viennent des 4 coins de la Turquie. Tous nous vantent les mérites de leur région respective. Nous passerons la journée avec eux. Konya attendra.

Ces moments d’humanité, qui plus est avec des gens avec lesquels la communication pourrait sembler plus rude, manquent à ce voyage. Nous ne faisons pas un rallye, mais cette satanée date butoir d’entrée en Chine conditionne nos premiers mois. Je serai bien restée avec eux un jour. Ou deux. Ou plus. Mais nous repartons. J’ai les yeux humides et ce sentiment profondément rassérénant que je viens de vivre un beau moment.

Il paraît que la roue tourne toujours. Dans le bon comme dans le mauvais sens. J’aime à croire qu’il y a là une vérité, mais je préférerais certaines fois qu’il n’en soit rien. Partis en fin d’après midi, nous ne faisons que très peu de route. Seulement, en plein plateau Anatolien, la route est bien la seule chose animée. À perte de vue, des montagnes pelées, des champs de blé et quelques tâches verdoyantes qui résistent tant bien que mal. Dormir tranquillement au milieu d’une étendue sans fin semble la seule option pour la nuit. Nous arrêtons Pépère au centre de ce paysage infini. Au centre de ces immenses espaces où même nos yeux ont du mal à faire la mise au point. Une impression de quiétude et de sécurité m’envahit. On verrait venir un char d’assaut à des kilomètres. Oui certes. En plein jour. 

En pleine nuit, nous ne distinguons plus très bien la voiture de la "jandarma" qui s’approche, soulevant des nuages de poussière. Quatre hommes en sortent. Un grand honneur. Deux pour chacun! Après avoir vérifié nos passeports, oui oui touristes, oui oui français, le couperet tombe. Nous ne pouvons pas dormir ici. Dangereux. Les villageois ont peur. Les explications via Google Translate sont floues, mais le résultat demeure le même. Nous les suivons donc vers un endroit sécurisé où nous ne ferons peur à personne. Notre plus beau bivouac, détrônant au passage l’aire d’autoroute italienne: le parking de la gendarmerie.

 

En fait de parking, c’est plutôt la route en face de la gendarmerie. Nous avons droit au tchai (teshekkur) et à une explication plus limpide. Mais toujours irrationnelle. Nous avons une voiture et nous dormons au milieu des champs. Raccourci rapide: nous sommes des migrants. Et les migrants sont effrayants et sont des voleurs... Ces discours, nous ne les connaissons que trop bien. Nous avons les mêmes à la maison. Le plus jeune des gendarmes déploie toute son énergie à nous mettre à l’aise. Il est en service militaire ici pendant un an. Nuit et jour, il vit au poste. Ils sont plusieurs dans son cas. Et tous comptent les jours. 

En une journée, nous aurons éprouvé le meilleur comme le pire de l’hospitalité turque.

Le lendemain, nous leur faussons compagnie de bon matin. Et puis, nous ne le savons pas encore, mais ce ne sera pas notre seule rencontre avec la "jandarma"…

 

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