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Et finalement c’est à six que nous finirons le trajet jusqu’a Ushguli. Pépère s’est alourdi mais s’est aussi internationalisé: 3 français, un turc, un israélien et un iranien (notez au passage le rapprochement des peuples permis par Pépère).

Cette joyeuse troupe nous conduit dans une petite communauté où tout se partage: le pré, la nourriture, le ravitaillement en eau… Pas loin de 10 nationalités se retrouvent le soir autour du feu. Beaucoup se connaissent après avoir participé au Rainbow géorgien réunissant les pays du moyen Orient, un rassemblement post hippie éphémère. Tout ce beau monde est abrité par une maison quelque peu délabrée inscrite au patrimoine de l’Unesco. Elle aura certainement changé de visage dans quelques années, puisque au petit matin c’est armée d’un mètre qu’une employée de l’organisation nous saluera entre deux bols de porridge. Et on comprend vite pourquoi l’Unesco se trouve ici. Quand on débarque à Ushguli, on se retrouve propulsé dans un espace temps irréel. Le village semble figé dans un siècle passé. Les tours de pierre Svanes s’élèvent telles des faucons guettant l’ennemi dans le ciel orageux. Elles noient de leur ombre protectrice tout le petit village environnant. Ces tours sont un symbole de la région, et pour cause: la Svanétie est composée d’une multitudes de petits villages irréductibles qui ne sont presque jamais tombés aux mains des multiples envahisseurs au fil des siècles. Le seul auquel elle n’aura su résister est bien le tourisme. À Ushguli, il se fraye un chemin tranquillement et les chalets de bois flambant neuf sortent de terre comme des petits pains. Pain qu’il est par ailleurs impossible de trouver ici puisque tout est utilisé et transformé en Khachapuri pour substanter les estomacs affamés des marcheurs. 

 

Nous profiterons de cet arrêt prolongé dans le village pour se dégourdir les mollets. Ushguli est niché au pied du plus haut sommet géorgien, 5200 mètres tout de même. Une ascension plutôt ardue sur une passe avoisinant les 3000 mètres sous un soleil de plomb nous rappellera douloureusement l’existence de nos muscles affaiblis par trop de temps passé le derrière vissé sur nos sièges inconfortables. Mais le panorama à 360 degrés sur toute la Chaîne du Haut Caucase sera le meilleur relaxant musculaire. Je suis navrée maman, mais je crois que les Pyrénées ne sont pas les plus belles montagnes au monde… Névés en fonte et talwegs en crue, parterres infinis de violettes, fleurs muticolores, myrtilles à profusion, cimes enneigées, cimes grisonnantes, cimes verdoyantes, et finalement cimes à perte de vue. L’orage pointera son nez pendant la descente et enveloppera l’incroyable paysage de ses couleurs pures et profondes. On voudrait rester ici pour marcher encore et toujours. Quitter notre royaume roulant de la contorsion pour errer sur tous les sentiers pédestres de la région. Après renseignements pris, la route ne ferme pas, même en hiver. C’est décidé, Pépère reprendra du service sur les routes défoncées de la Svanétie à notre retour. 

 

 

 

 

La suite du périple se fera à 5. Nous avons perdus deux auto-stoppeurs, et gagné un nouveau. Nos dos nous supplient de ne plus emprunter ces routes, je n’ose imaginer ceux de nos covoitureurs… mais tout le monde arrive à bon port.

À Koutaissi, nous toucherons enfin du doigt cette hospitalité géorgienne dont tout le monde nous parle. On nous apportera des pommes. Puis on viendra nous amener des cartes touristiques. Puis on reviendra les bras chargés de pastèque. Cette fois-ci, le plat repartira plein de bonbons. Mais le Géorgien doit être le dernier à offrir. Pas d’offenses! Alors on nous amènera une magnifique corne en terre pour boire le vino. La petite cousine de celle qui doit trôner sur l’âtre de la cheminée de vos grands parents. Et dont vous vous dites souvent: « Hmm ça va être difficile de couper ça en 10 pour l’héritage… je me dévoue, je vous la laisse!». Mais nous sommes les heureux propriétaires d’un verre bien encombrant qui trouvera toutefois sa place entre le compresseur et la tente.

Nous partirons en direction de Vardzia, célèbre pour ses habitations troglodytes. Nous arriverons à Vardzia, homonyme bien moins fameux mais certainement plus calme et apaisant: un simple village Géorgien où tous sont agriculteurs et vivent de leurs récoltes. Nous nous installerons près d’un ruisseau, sur un terrain qui s’avérera appartenir à Soso. Timide le premier jour, osant à peine un signe de la main, Soso nous offrira le lendemain ses noisettes. Puis reviendra avec sa tchatcha, ses pommes et ses pêches. Puis nous invitera à partager son repas. Un banquet sur nappe blanche brodée. Il insistera pour que nous repartions avec un poulet. Mais le repas agrémenté de son vino maison aura raison de notre motivation à rejoindre Tbilisi. Le poulet reviendra cuisiné, entouré de plusieurs fromages, de vino encore, et de pain tendre. « Comment il est chanmé le pain » répétera Hugo, dont les délices Géorgiens auront réveillé un patois enfoui du neuf-trois. Soso a le cœur sur la main et une famille tout aussi adorable. Nous n’aurons qu’un petit Polaroïd à lui offrir, mais nous lui promettons de repasser au retour. 

 

 

 

Tbilisi nous aura attendu. Nous passerons une partie de la journée à réparer notre auvent abîmé par le vent, puis par tenter de vendre notre pneu devenu inutile. Le prix descendra à chaque fois que nous acquiescerons. Lassés de ces discussions interminables dont nous sommes indubitablement le dindon de la Farce, nous le donnerons au seul Géorgien qui aura tenté de nous aider. Bref, nous avons presque vendu un pneu. 

A Tbilisi, la chaleur suffocante nous épuisera.

 

 

 

La ville est un joyeux bordel du meilleur et du pire de ce que la Géorgie a à offrir, à l’image des dichotomies du pays: murs décrépis et façades de plexi, paysans généreux et mafieux mal dégrossis, Ladas sans âge et Mercedes hors de prix, Bizance, Perse, Seljoukides et souvenirs de Russie. La Géorgie te prend aux tripes autant qu’elle te rince. Mais elle laisse un goût d’inachevé après à peine dix petits jours pour la parcourir. Alors, sans hésitation, nous reviendrons! 

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