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La grâce est un mensonge, la beauté est une vanité

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Il est des pays qui vous laissent de marbre. Un marbre froid, intouchable et impénétrable. Sans qu’aucune raison tangible puisse l’expliquer. Nous sommes tous deux persuadés que dans un voyage au long cours, il est inévitable d’éprouver de la déception. Nous ne pensions pas que cette mauvaise pioche prendrait forme en Arménie. De ce pays, nous n’avions entendu que du bon. Peut-être trop. On nous avait vanté l’hospitalité et la bienveillance des Arméniens. Nous avons été confrontés à leurs mines fermées et leur absence de communication. On nous avait vanté le goût de ses abricots et de ses pêches charnues. La saison des premiers était déjà terminée et les secondes parfois avariées.

Pourtant, nous avions terriblement envie de visiter le pays. Le détour par la Géorgie et l’Arménie s’était imposé à nous comme une évidence, et ce pour l’Arménie. La Géorgie était un plus. L’Arménie, ce pays millénaire, chargé d’histoire à ne plus savoir qu’en faire. Un patrimoine religieux incroyable.

 

Des traditions et une culture exportées à travers le monde par une immense diaspora. Une histoire contemporaine à l’issue inextricable: un pays enclavé, coincé entre deux ennemis. À sa gauche la Turquie, responsable d’un des plus effroyables génocides du XXème siècle, qui se refuse encore à l’accepter comme tel. À sa droite, l’Azerbaïdjan, avec qui elle se dispute la région du Haut Karabagh. Alors ici, les Turcs et les Azéris, on les oublie. Et puis ce pays, coincé entre une volonté farouche de se rapprocher de l’Union Européenne, et une fidélité historique à la Russie, vestige de la grande URSS. Russie qui aujourd’hui encore contrôle une bonne partie des frontières du pays. Poutine se fendra d’ailleurs de son plus beau sourire depuis la guérite du douanier quand nous quitterons le pays.

Et pourtant on partait plutôt bien. Le premier douanier sourit en ouvrant Pépère et nous targue d’un « Welcome to Armenia! » sincère. Le second nous lance des « Aznavour » à répétition. Nous avions moins de 20 ans mais la bohème viendra tout de même nous chatouiller les tympans. Le troisième sera déjà moins affable et ne bronchera pas quand nous tenterons un merci à 36 lettres en Arménien « shnorhakalutyum ». Nous aurions pu juste lui dire « merci », parce qu’on l’utilise aussi ici. 

Alors oui, l’Arménie est un beau pays. Les collines et montagnes pelées dorées par les blés nous entourent constamment et le soleil couchant en révèle toutes les aspérités.

L’immense lac Sevan au centre du pays est comme une mer infinie qui effacerait presque le fait que nous sommes dans un pays enclavé. Nous en profiterons longuement, bien longtemps après que les derniers rayons de l’astre de jour aient tiré leur révérence.

Les maisons de pierre taillées et de bois vermoulu nous plongerons dans un autre temps. La fraîcheur des hauts plateaux sera plus que rassérénante. L’équarrissage ensanglanté d’une vache à quelques centimètres de nos roues sera… dépaysant. Le café frais moulu devant nos yeux nous accompagnera de ses effluves pendant nos itinérances et fera la joie d’un Hugo inquiet de la pénurie approchante. Les inscriptions sacrées dans le seul cimetière juif du pays chanteront joyeusement dans nos oreilles (« La grâce est un mensonge, la beauté une vanité »). 

Alors oui, il y a de belles choses en Arménie. 

Mais nous ne toucherons même pas de l’auriculaire un soupçon de l’hospitalité arménienne. Les rugissements de nos compères les automobilistes nous sortirons bien trop souvent de nos errances contemplatives. Les paysans mécontents d’être amputés de leur pré pour une toute petite nuit seront à combattre à chaque bivouac. Les délices culinaires arméniens ne trouveront pas la voie de nos estomacs, certainement parce que nous nous ne piperons mot à cet alphabet spaghetti qu’est l’Arménien. 

Et puis des fois, quand déjà le charme n’opère pas, quand on pense ne pas pouvoir tomber plus bas dans le maelström de la déception, les problèmes de Pépère se rappellent à nous. Lui non plus n’a pas été charmé. Il n’aime pas les routes arméniennes. Il en a assez de crisser, de souffler, de sautiller. La rampe de phares se dessoudera et viendra remplacer la route dans notre champ de vision. À l’arret et devant un soudeur. On a toujours de la chance dans notre malheur. Avant de quitter le pays, notre hublot de toit explosera. Comme ça, sans crier gare. Mais ça on vous en reparlera.

Mais finalement tout ça, ce n’est pas de la faute de l’Arménie. Il ne nous a rien fait ce pays. On pourrait incriminer le trop peu de temps passé ici. On pourrait incriminer la Géorgie qui nous a tant pris aux tripes et qui laissait peu de chance à sa voisine. On pourrait incriminer l’Iran que nous avions tant envie de retrouver. On pourrait incriminer les routes, ce patchwork infini de trous et de bitume décoloré et défoncé qui titillent les nerfs à souhait.

On pourrait surtout s’incriminer nous, d’avoir jeté l’éponge trop vite. Mais on acceptera juste qu’entre nous, ce n’est pas l’amour fou. Nous retenterons peut-être l’expérience au retour. Ou nous irons voir le voisin. La suite du voyage nous le dira. 

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