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Du sable dans les rouages

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Après cette petite mésaventure que fut le remplacement de notre vitre de toit, nous étions bien décidés à profiter de la Perse. Nous savions déjà que l’Iran serait un stop important marqué par les tracasseries administratives pour obtenir nos sésames futurs (les visas d’Asie Centrale et chinois), mais nous n’imaginions pas élire domicile à Téhéran pour la quasi totalité de notre séjour… Ce marathon visa méritera son post de blog à lui seul.

Nous retrouverons rapidement quatre joyeux lurons, des voyageurs français partis eux aussi à l’assaut de la légendaire route de la Soie. Jordan et Simon, jeunes étalons fougueux, la blague facile, le ballon ovale toujours à portée de main et l’aventure dans les talons. Un duo tout de rire et de simplicité, capable de dérider un régiment d’ayatollahs. Puis Camille et Christophe, nos alter ego lyonnais. Lui sera notre mécano débordant de quiétude et de sagesse. En Camille je trouverai une alliée de choix: les précipices et les chiens errants, très peu pour nous! Les premiers conduisent le Mattroll, un bon vieux Nissan Patrol baroudeur, pendant que les seconds carburent avec Turbo, un Pick up Nissan avec cellule. Mais surtout avec douche et toilettes! Mon nirvana…

C’est désormais ensemble que nous nous déplacerons. Et que les rencontres s’enchaîneront. À l’image des gardiens du « parc des étudiants », notre bivouac citadin, qui nous inviteront à boire le thé, qui s’improviseront protecteur de nos palaces roulants, que Jordan et Simon tenteront de remettre sur pied parce qu’ils sont kinés et les gardiens usés. Un parc plus fameux pour ses rencontres nocturnes et ses travestis que pour ses dits-étudiants…

Puis cet anniversaire dans les beaux quartiers nord de Teheran auquel nous aurons été invités via un bout de papier griffonné échangé à 80 km/h sur les voies express de la ville. Une soirée animée où toutes les femmes seront cheveux au vent, où la longueur réglementaire de la tenue dépassera rarement le mi-cuisse. Où le gâteau géant ne sera autre qu’un « Minion » bien trop coloré tout de sucre vêtu. Où l’on insistera pour nous retrouver sur la piste jusqu’à une heure avancée. Où « Ne me quitte pas » retentira pour satisfaire les envolées lyriques des français.

Nous irons à la montagne aussi. En quête de calme et d’anonymat. Anonymat qu’il est bien inutile de chercher dans un pays où le voyageur est l’attraction préférée. Nous finirons dans un jardin en terrasse, au milieu de nulle part, en compagnie du champion iranien de bodybuilding. Une rencontre atypique dans un pays où rien ne se passe jamais comme prévu. En redescendant, Pépère fumera. Une fine fumée, trop proche de la poussière ambiante pour nous alerter. Mais l’odeur voisine ne laissera guère le doute planer. Je prendrai peur quand Christophe lâchera: « Vous avez un extincteur? ». Notre chauffage est cuit, mais on profitera de l’incident pour tracter la bête à l’aide du Mattroll. Une bien belle et fine équipe que voilà.

Et puis surtout, nous irons dans le désert. Nous avions juré nos grands dieux que non, le désert iranien en plein mois d'août ne pourrait être une option. Mais ça c’était avant. Avant que Merdhad ne débarque, scrute les bolides, et s’en revienne à maintes reprises. Un moment où nous étions pourtant bien décidés à faire fi de toute tentative d’approche iranienne au profit d’une bonne belote. Et puis Merdhad se présente: Monsieur désert iranien, guide hors pair, en couverture du National Geographic dans son Defender. Le Paul Émile Victor du désert iranien. Rien que ça. Un brin impressionné par notre route jusqu’alors, sa proposition fera saliver les hommes: nous présenter à SON désert en toute amitié. Les filles seront plus difficiles à convaincre. Et puis, décision prise: nous le suivrons, quitte à rebrousser chemin si d’aventure nous ne le sentions plus. 

Levés aux aurores pour éviter les embouteillages monstres, tout ce joli petit monde filera direction les dunes du Maranjab. Les premiers kilomètres fileront à allure de dromadaire, testant les bolides, s’extasiant sur un lac de sel, se reposant à la fraîcheur d’un caravansérail.

Nous serons les premiers à nous ensabler. Tout le monde sera bon pour dégonfler les pneus et Ali, au volant de son Defender nous sortira de là. Un Defender à l’image du patchwork iranien: un moteur de Mitsubishi, des ponts de Jeep mais la gueule de notre Pépère. Les premières dunes viendront et chacun s’y reprendra plus d'une fois pour grimper. Et puis il y aura la dune de trop. Celle devant laquelle Turbo rendra les armes, celle où nous nous planterons de l’autre côté. Mais attention, un beau plantage! Pépère sera sacrément incliné et notre pneu avant déjanté. Cette fois encore, je craquerai. Vous me direz, ça commence à bien faire les craquages. Et vous aurez raison. Mais la fatigue aidant, celui-ci sera bien trop excessif et de fait incontrôlable. Pendant qu’un Merdhad agité se pliera en quatre pour nous sortir de là, qu’un Simon bien brave prendra la pelle à bout de bras, je hurlerai. Je ne voulais pas venir là, et puis le sable me brule les pieds, et puis il fait trop chaud, et puis Pépère il n’est pas beau comme ça. Et puis, et puis, et puis. Une réaction qu’on pardonnerait volontiers à une gamine de trois ans. Un peu moins à une ado trentenaire. Le soir, une fois dépêtré de ce mauvais pas, je m’éclipserai au sommet des dunes pour pleurer tout mon soûl. Une mise au point s’impose. Les premiers doutes surgissent. Je ne me sens pas la force face à cette aventure dont j’ai tant parlé, le regard fier et rêveur. Je ne suis juste PAS une aventurière. Le voyage me convient, le temps que tout va bien. Je n’ai pas la faculté d’Hugo à gérer le stress des mauvaises passes. Je voudrai prendre le premier avion pour rentrer chez moi. Mais le désert n’en compte aucun. J’irai au lit tôt, exténuée. 

 

Le lendemain, nous reprendrons la route, mon frêle poignet crispé sur la portière. Je hurlerai au moindre trou, me demandant encore aujourd’hui comment Hugo a pu daigner me garder près de lui. Mais les paysages seront divins, et surtout inconnus. Nous zigzaguerons dans une étendue plane, entourée par des collines colorées: un magnifique enchaînement de pastel rose poudré, vert d’eau, de jaune citronné, de cannelle et de brun embrasé. Des paysages lunaires et des paysages infinis, où l’oeil s’arrêtera bien avant l’horizon. Des dunes aux milles visages que seul le soleil sera en capacité de dessiner.

 

 

Le soir, des ciels à faire pâlir le plus aguerri des astronomes. Des soirées à la fraîcheur revigorante après dès journées sans ombre aucune. Christophe et Hugo réussiront la prouesse de réparer notre chauffage additionnel. Il est toujours bon d’avoir chaud quand on a déjà chaud. Mais la future et froide Pamir pourra être envisagée de nouveau. Et puis surgira une nouvelle ombre au tableau: notre panneau solaire ne répondra plus. Quel dommage quand on se trouve dans son paradis! Nous finirons par sortir de ce havre de paix, non sans quelques fiertés assumées: une dégustation de pâté basque, puis de foie gras offert par mon instituteur en plein désert. Et puis cette photo volée au sommet d’une dune, où nous aurons trouvé quatre éphèbes bien dénudés…

Finalement, le désert nous aura rincé, pour ma part torturé, mais la quiétude qu’il impose, les panoramas qu’il propose, la méditation qu’on y ose seront autant de petits pas qui participeront à la construction de notre périple. Des petits pas de petites personnes qui grandissent. Parfois dans la douleur, mais surtout dans les souvenirs qu’on plie et qu’on range soigneusement dans nos bagages qui étrangement s’allègent avec le temps. Peut-être la première étape où j’accepte que je suis partie pour deux ans. Alors merci le Maranjab, et surtout merci Merdhah!

Nous sortirons épuisés, mais revigorés. Nos palaces roulants ne seront plus que poussière, et crisseront à chaque embardée. Eux aussi sont épuisés, le désert ne les a pas arrangés. Mais Ispahan la magnifique promettra à tous un repos mérité. Revenir ici était pour nous une obligation: il y a trois ans, pour cause de Ramadan, la Masjed-e Shah était fermée. S’y déroulait une célébration des plus importantes pour les musulmans chiites que sont les iraniens: l’Achoura, ou la commémoration du martyre de l’Iman Hossein, tué en 680 dans la ville de Kerbala. Les iraniens prient de fait le front posé contre une petite pierre circulaire, le mohr, en terre de la mythique ville du sud irakien. Et il n’est pas rare de croiser les plus fervents d’entre eux l'empreinte  de la pierre gravée éternellement sur le front. 

Et puis il faut le dire, les mosquées iraniennes n’ont pour nous pas d’égal. Certainement un brin chauvin, même si nous ne sommes pas franchement iraniens. Et celle-ci a quelque chose de divin. Orientée vers la Mecque, située au sud d’une immense place verdoyante, elle impose le respect par sa prestance et son incomparable beauté. Les mosaïques aux milles bleus ciselés, les calligraphies persanes stylisées, les nids d’abeilles de faïence émaillée par milliers. L’oeil ne sait où s’arrêter, les pieds ne peuvent s’empêcher de tourner. Une prouesse architecturale et humaine de l’époque Séfévide, qui mérite à elle seule le déplacement en Iran. Chat noir un jour, chat noir toujours, elle sera cette fois-ci en travaux. Une bonne occasion de revenir encore! Les alentours n’ont toutefois rien à lui envier: la mosquée privée, tout de bleu, azur, et blanc vêtue, le balcon de bois sculpté surplombant l’immensité, les arcades gravées accueillant l’artisanat des localités. Nous y retrouverons notre miniaturiste de génie, à qui nous avions acheté nos plus beaux souvenirs. Il dira se rappeler de nous. On n’y croira guère, mais on scrutera longtemps l’unique poil de son pinceau dansant sur les couches de bois et d’os de chameau laqués. 

 

Nous élirons domicile dans un parc au nord de la ville pour la nuit. Nous y retrouverons l’hospitalité iranienne, illustrée cette fois par nombre de pastèques, melons, fruits et brochettes au safran. Et par une myriade de gamins répétant inlassablement « Farsi baaladiiiiiii? ». Nous ne leur porterons pas grande attention, bien trop occupés par la mécanique et le ménage de printemps. Nos bolides ont souffert, notre transfert le premier. Hugo y cassera une vis en voulant le resserrer. Une promesse définitive d’un petit tour au garage….

Le calme et l’immensité, puis juste la beauté de l’Iran nous auront profité. Mais le temps sera venu de rejoindre la poussiéreuse et bruyante Teheran. Encore…

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