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Notre retour à Téhéran ne fut pas des plus expéditifs: dès l’entrée dans les artères géantes de la ville, nos estomacs se noueront et nous passerons pas moins de deux heures à rallier notre second bivouac préféré: le parc des gens aisés. Amis parisiens, je peux vous certifier que l’embouteillage francilien n’est rien…

Le lendemain sera marqué par notre première victoire: la collecte de nos visas chinois. Le Mattroll partira s’aérer dans les hautes montagnes pour fêter ça, pendant que nous débuterons notre marathon des réparations. Un premier tour chez Ehsan, un des amis de Merdhad confirmera nos inquiétudes: le transfert pisse allègrement, mais le réparer en terre persane semble bien inespéré. Ce ne sont pas les mécanos qui sont à dénigrer, mais ce foutu embargo qui même levé, laisse l’Iran bien isolé. Les pièces pourraient venir de Turquie, voire de Dubai, mais il faudrait attendre une bonne âme pour les amener. Pour nous ce sera donc de la bidouille. Même de la bidouille, nous sommes preneurs. Nous voulons juste avancer. Mais voilà que cette maudite persistance iranienne pointera à nouveau le bout de son nez. Nous serons invités à déjeuner malgré notre insistance pour d’abord réparer. L’iranien a cette étrange capacité à nous convier à toute d’heure, et surtout à cette heure où toi, bien autre chose tu envisageais. Patiemment nous dégusterons nos mets, somme toute nous tenterons d’en venir à bout. Parce l’iranien à aussi cette étrange capacité à te servir comme si tu étais très très affamé, voir à te considérer comme un régiment tout entier. Puis Ehsan, plein de bonne volonté, nous amènera juste à côté. Ce sera pour réparer le pot de Turbo fissuré. À nous, il dira juste qu’il ne sait pas, il verra. Mais la journée n’est pas terminée et notre to do list ne fait que s’allonger: trouver un bouchon résistant à la pression pour notre sortie d’eau, dérobé à la lumière des néons dans le quartier des gens aisés. Peut-être y a t’il à Téhéran un fétichiste des bouchons de Def français… Puis trouver un régulateur pour notre système solaire, un désulfateur pour notre batterie à plat, un voltmètre pour tester tout ça. Le bouchon sera notre unique réussite du jour. Mais quel bouchon! Une pièce de monnaie iranienne coincée dans une prise d’accès rapide: la bidouille ingénieuse dont je parlais plus haut. Il est vrai que depuis la Turquie, la répabidouille est légion. On ne jette pas pour racheter, on répare, on rafistole, on improvise. Les sanctions internationales posées contre l’Iran depuis plus de 20 ans ont juste renforcé cette débrouillardise de génie: faute de pouvoir importer, on a appris à copier, ruser, transformer, inventer. Parfois on a aussi oublié d’avoir l’esprit afuté, comme en a témoigné notre ami vitrier. Mais le plus souvent, on est plutôt doué. 

Le lendemain, Christophe me fera un joli présent: pendant qu’il partira courir les quartiers électriques avec ma moitié, j’aurai la chance de pouvoir squatter Turbo, prendre une douche, et même me laver les cheveux. Ça paraît bien dérisoire, mais sentir le fauve quand déjà le moral n’est pas au beau fixe peut aisément déclencher une guerre des nerfs. Nous referons le monde une bonne dizaine de fois en les attendant. Camille y gagnera de l’eau, une rose et même de l’argent: un petit jardinier a visiblement dans l’idée de l’épouser. Le retour de la testostérone de nos hommes lui ôtera tout espoir. La pêche fut plutôt bonne de leur côté: un voltmètre et deux régulateurs. Après branchement du système, le nouveau régulateur ne fonctionnera toujours pas. On retournera d’un pas décidé chez le fumeux marchand. Nous passerons pour des crétins: un régulateur ne fonctionne que sur une batterie chargée. Vous le saviez? Et la nôtre, pour rappel, est à plat. Des crétins qui se coucheront le cerveau plus plein. Sur le chemin du retour, nous tomberons sur un énergumène bien particulier. Wahid a transformé son chez-lui en un minuscule restaurant « slow food ». Et il est bien au moins aussi slow que sa nourriture. Tout ce qu’il exécute rend hommage à la lenteur. Son anglais, sa cuisine ou ses récits d’une autre époque. Prendre son temps lui réussit plutôt bien: ses préparations culinaires sont extraordinaires et idéales pour nos estomacs d’européens. Nous le verrons accélérer le rythme uniquement quand il prendra son tambour. Ses doigts glisseront sur les cordes plus vite que nos yeux ne pourront les suivre. Finalement, il entamera un peu notre réconciliation avec l’affreuse Téhéran. Son vin réchauffera les gosiers et sa musique adoucira les cœurs. 

De fil en aiguille, de persistance en persistance, nous rencontrerons Amin. Il sera le Allah qu’il nous manquait jusque là. Il nous accompagnera chez ARB, un garage préparateur de 4x4 pour le offroad. Amin est un grand et costaud gaillard au visage rond, de petites lunettes posées sur le nez. Il parle un anglais parfait, et n’est pas le dernier sur la blague. Il est connu ici pour être collectionneur de Land Rover. Tout sera sujet à déclencher l’hilarité: Le Farsi Afghan d’hugo, le physique d’Ali/Buddha/Minion, le Def qui pisse à souhait. Amin nous aidera du mieux qu’il pourra, et il pourra beaucoup. Mortesar, un ami à lui, viendra tomber notre transfert et retirer la vis foirée. Ali Buddha réparera nos feux de freinage. Et puis Amin trouvera un autre garage pour recharger notre batterie. En un homme, une myriade de solutions. Après avoir couru la ville, il suffisait finalement de le trouver lui, un passionné de Defender. On entend sur notre bête les mêmes choses ici: le plus difficile est d’empêcher l’huile d’en sortir et l’eau d’y entrer. Puis cette jolie histoire. Saviez que le Def est la voiture la plus « animal friendly » qui soit? Si tu laisses un chat coincé dans un 4x4 en plein désert, il y mourra. Si tu le laisses dans un Def, il s’en sortira. Parce qu’il en sortira!

 

Pour fêter tout ça, nous irons à notre tour dans les montagnes. Turbo s’est refait une beauté et s’est doté d’un pare-chocs arrière. La conduite à Téhéran (et un peu notre parisien préféré…) l’avait bien abîmé. Le Mattroll sera, lui, déjà parti à la conquête du Turkménistan. Près des lacs du Damavand, nous serons moins chanceux que nos amis rugbyman: eux avaient trouvé le calme parfait, nous profiterons du long week-end férié, comme bon nombre d’iraniens. À nouveau, notre chauffage fera des siennes. Et puis notre blocage de différentiel ne s’enclenchera plus. La chance s’est définitivement éclipsée pour nous. Comme à toute chose, malheur est bon, nos hommes allongés sous le Def attireront nos voisins. De précieux voisins. Le président du Land Rover Club iranien et bon nombre de ses disciples. Une petite quantité de Series, et donc de passionnés de la célèbre marque anglaise. Avant la révolution, on trouvait en Iran une chaîne de production de ces petites merveilles. Une chaîne de copies, certes, mais tout ceux qu’on croise aujourd’hui en sont bel et bien sortis. Ils arpentent encore aisément les pistes iraniennes. Nous repartirons avec une belle copie de porte clés Land Rover.

 

 

 

Ce sera notre dernier retour à Téhéran, où nous retrouverons des kilomètres de chenilles à quatre roues. Et ce seront nos dernières missions avant de s’envoler vers de nouveaux horizons: retourner au garage fixer ce problème de blocage, récupérer nos sésames pour le Turkménistan et l’Ouzbekistan, puis guérir la dent d’Hugo qui se croyant écureuil, tenta de casser une noisette avec sa molaire. Le temps nous est compté désormais, notre visa arrivant à échéance tout bientôt. Le garage sera une formalité. La dent sera aisément réparée chez un dentiste quelque peu exubérant : il nous accueillera avec moult thés sucrés et cafés, bonbons édulcorés et gâteaux chocolatés tout en nous autorisant à fumer dans le cabinet. Les standards européens ne sont que de lointains souvenirs! Nous dirons au revoir à Amin, qui encore ce matin, nous avait aidé chez l’arracheur de dents. Il nous aura donné beaucoup de son temps, de son énergie et de sa patience. Sans rien attendre en retour. Alors oui la persistance iranienne nous aura usé. Mais on l’effacera aisément d’un revers d’un bras avec le souvenir inaltérable de cet iranien pas comme les autres.

Le visa ouzbek en poche restera l’ami Turkmène. L’ennemi serait plus approprié. Mais comme promis, nous vous en reparlerons dans un post séparé.

Nous prendrons la route pour sortir du pays. Nous traverserons des paysages dignes de l’Asie du Sud-Est. Et la pluie torrentielle qui va avec. On dit de l’Iran qu’il est le pays aux quatre saisons. En une journée, tu trouveras l’été au Maranjab, l’automne à Tabriz, l’hiver au Damavand et le printemps au Golestan. 

 L’Iran a cette capacité à t’éblouir dans le meilleur comme le pire. Nous étions venus il y a trois et n’avions construit que des beaux souvenirs. Il n’est jamais bon d’avoir sur les choses cette vision manichéenne. Ce second séjour nous aura réservé bien des surprises et nous aura épuisé à souhait. Mais même rincés, nous gardons sur le pays cet œil bienveillant. La Perse nous a enveloppé de ses limbes, nous a essoré jusqu’a la moëlle, nous a déçu quelques fois, nous a fait douter, mais nous a toujours fait vibrer. Il est peu d’endroits où tu te sens comme chez toi, où tu peux poser tes semelles fatiguées et dire d’un air rasséréné: ça y est, je suis rentré. 

À tous ceux qui nous ont accueilli, qui nous ont aidé, à ceux qui ont juste tenté de nous aider, puis à ceux qui nous ont plutôt embêté. Finalement, à tous ceux qui nous ont montré le pays dans ses bons et ses mauvais jours, qui nous ont montré le pays comme il était. Juste comme on dit ici, MERCI.

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