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Un p'tit tour et puis s'en va

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Le Turkmenistan ne laissait rien présager de bon. Après le chemin de croix effectué pour l’obtention de nos visas, les récits peu engageants entendus jusque là et la traversée de l’enfer vécue par nos deux rugbyman, nous y allions la gorge nouée. 

La passage de la frontière annoncera la couleur. Nous pensions avoir déjà tout réglé en amont, dépouillés comme de braves randonneurs par de brigands iraniens. Nous pensions donc. On nous quémandera de l’argent encore. Un nombre incalculable de taxes plus ou moins obscures: une taxe pour chacun d’entre nous, pour chacune des voitures, pour des désinfections de véhicule dont ne nous ne verrons pas la couleur, pour une assurance sans grand lendemain. Nous aurions pu payer, si nous avions eu cet argent. Il nous reste bien quelques euros dans le fond des tiroirs, mais de dollars seuls on semble accepter. Alors nous attendrons. Et l’attente, messieurs les chicots d’or, ça nous connaît. Christophe tentera bien un retour en Iran sans visa aucun (vous noterez la prouesse de notre homme) pour tenter d’échanger euro contre dollars, mais devant la fumasserie du petit iranien qui aura vu là l’occasion de faire son mois, il repartira bredouille. Nous élirons domicile à la douane le temps d’un déjeuner frugal. Une solution messieurs les militaires? Non? Alors c’est sur votre parking que nous établirons notre bivouac pour la nuit. Ah non? Ah, donc il va falloir trouver une solution. Nous contacterons l’agence iranienne. Ils nous doivent bien ça les chenapans. C’est finalement le guide turkmène, posté derrière la frontière à 30 bornes de là, qui nous délivrera de ce premier enfer. Hugo collera fièrement un de nos stickers dans la guérite des douaniers, preuve pérenne et immuable de notre passage en terre hostile.

S’ensuivront quelques dizaines de kilomètres au milieu de sublimes montagnes pelées. Paysages qui ne peuvent profiter qu’aux quelques forcenés qui d’aventure voudraient traverser la frontière: la zone est protégée, militarisée et tout simplement inaccessible pour le quidam turkmène. Après une brève rencontre avec notre troupeau de guides anxiogènes et antipathiques, direction Achgabat. Et quelle ne fut pas notre surprise de voir se dessiner au milieu de ce panorama désertique ce que d’aucun aurait pu appeler une oasis. Un mirage. Une ville tout de blanc vêtue, de grandes tours immaculées, de routes proprettes, et pas un papier sur le bas-côté. Un tel hygiénisme que l’on y gomme les traces de frein sur le parfait macadam. Après l’Iran, il y aurait de quoi devenir fou. Chacun respecte l’ordre et claque la mesure. En ordre moussaillon! On nous conduira bien gentiment jusqu’à l’hôtel. Contrairement à ce que l’on avait demandé, un hôtel bon marché sans être miteux, c’est une suite qu’on nous servira. Une suite aux goûts plutôt douteux: des strass gros comme des abricots au sommet du lit, des fioritures de stuc à chaque recoin, des tapisseries dignes d’un palais Versaillais et des tapis vomis par des métiers à tisser daltoniens. Bref, le luxe à la Turkmène. Et puis à 100 dollars la nuit, il fallait bien contenter ces voyageurs français. On nous dira vite qu’on ne peut errer seuls dans la ville. Pour notre sécurité semble t’il. Sécurité renforcée pour les jeux asiatiques. L’occasion idéale pour garder un œil sur nous. L’oeil de Moscou dans le corps de Bigbrother. On ne sait jamais, nous pourrions aller dessiner des marelles à l’encre indélébile sur leurs parfaits tapis d’asphalte, arracher quelques brins d’herbe plantés au cordeau et rompre l’harmonie parfaite, faite un croche-pied au plus fameux lutteur turkmène qui de fait ne pourrait plus concourir pour les jeux, ou pire, taper la discute avec de simples et braves turkmènes. Nous pourrions très bien être des espions, des espions planqués dans des bolides poussiéreux de trois tonnes. Des espions qui excelleraient dans l’art se planquer. Dans le doute donc, on décidera de nous surveiller. On viendra gentiment nous chercher à 20h pour nous faire visiter l’extraordinaire capitale et nous amener nous restaurer. La traductrice nous vantera les mérites du pays dans un anglais à vomir. Il semble que le Turkménistan veuille figurer au Guinness book des records pour le plus grand nombre de stupides futilités: la plus grande grande roue au monde, la plus grande statue équestre, la plus grande statue dorée de Niazov, ancien secrétaire général du Parti communiste, devenu président du Turkménistan à la chute de l’URSS. Une statue de feuille d’or vêtue, tournant au rythme du soleil pour éclairer le visage du dignitaire à toute heure du jour. Statue éjectée à la mort du bonhomme par son successeur tout aussi démagogue. Et la plus grande propagande. Sur ce point, ils sont aisément sur le podium. Quelle magnifique régime autoritaire post soviétique que voici! Le Turkménistan aime son peuple: ici on ne paye ni électricité, ni eau, ni gaz. Par contre ce que l’on nous dira moins, c’est qu’un cinquième de la population vit sous le seuil de pauvreté, et que la grande majorité des turkmènes ne peuvent pas sortir du pays. À la fois, quand tu as la plus grande grande roue du monde, tu es le roi du pétrole et le monde ne te semble qu’une vaste fumisterie. Bref, cette ville est un cauchemar en état de veille, un Disneyland sans attractions, une vitrine sans étalages. Une bonne ville nouvelle construite pour l’apparat, ou beaucoup semblent plutôt survivre.

 

Nous n’aurons pas le temps de visiter le reste du pays. Pour éviter de débourser à nouveau 100 dollars, il nous faut quitter le pays le lendemain soir. Au petit matin, les guides nous prendront au saut du lit et nous donnerons ce qu’ils considèrent comme un incroyable présent: un magnet de la ville propagandisé à souhait. Bien le merci chers amis. On nous trimbalera de guide en guide pour terminer escortés par le seul qui ne parle pas anglais. La route sera très bonne sur les premiers kilomètres: on nous a promis une arrivée à Turkmenabat aux alentours de midi. Le paysage défilera sans grand intérêt: un immense désert, quelques petites dunettes, quelques petites plantounettes. Tout est plat. Puis plat. Et encore plat. On ne verra rien de la route de la Soie et de ses caravansérails. Certainement gommés comme le bitume qui n’a rien demandé. La route se corsera progressivement. Simon et Jordan avaient essuyé les plâtres quelques jours auparavant. Ça leur a coûté une roue et bien des galères. Les trous se multiplieront pour finir par n’être qu’un gruyère de macadam. Nous apprendrons, à un petit quart d’heure de la présumée fermeture de frontière, qu’elle ne ferme juste jamais. Jusqu’au bout, nous aurons été pigeonnés. 

 

 

 

 

Un peu plus de 24h au Turkménistan, mais les 24h les plus chères et éreintantes de ce voyage. Alors un conseil, brave lecteur: si jamais il te prenait l’envie d’aller flâner du côté du Turkménistan, oublie. Le paradis se trouve à deux pas d’ici. L’Iran, l’Ouzbékistan ou le Tadjikistan. Grand choix tu auras. Mais le Turkménistan ne te grandira pas. Tu pourras juste dire, et de surcroît pas vraiment fièrement, que tu as foulé de tes semelles usées l’une des plus grandes dictatures que notre petite planète semble porter. 

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