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Voyage au pays du coton

November 5, 2017

Ça aurait pu être le titre d’un bouquin d’Orsenna. Un super bouquin qui expliquerait le concept de mondialisation à travers la culture du coton *. Cette fois-ci, ce sera juste nos aventures en pays Ouzbek. Et l’Ouzbékistan pour nous tombera à point nommé. Les douaniers seront d’une gentillesse extrême, brandissant le chicot d’or à chaque nouvelle découverte de Pépère. Je serai rassurée en les voyant tous grignoter du pipas comme des écureuils en mal de noisettes: je me suis transformée depuis la Turquie en un rongeur affamé engloutissant pas moins de 200 graines de tournesol quotidiennement. L’avarie ne sera donc pas pour tout de suite. Et puis, après l’Iran et ses galères, le Turkménistan et son enfer, le premier arrêt servira à rappeler à nos gosiers asséchés le bon goût du malt et du houblon. Bon serait un bien grand mot. Mais à 70 centimes le litre, les corps carencés verront là une merveilleuse occasion de se réchauffer. Le froid commencera à pointer le bout de son nez, ce que nous apprécierons aux premières lunes. Arrivés de nuit après une journée éreintante, les routes usées et peu éclairées ne feront que conforter les nerfs dans un état de stress latent. Mais le matin offrira des paysages désertiques, des camions curieux et certains même qui, nous voyant vivre comme ce qu’ils considèreront comme une chicherie primaire, nous donneront de l’argent que nous n’aurons intérêt à refuser. 

Le premier stop se fera à Bukhara. Légendaire cité de la Route de la Soie, la petite bourgade s’est transformée en un magnifique spot à touristes. Le centre est un cocon pour voyageur: refait à neuf dans les règles de l’art, rénovations au cordeau, cafés branchés, madrasas transformées en guesthouse pour baroudeur aguerri, restaurant à l’accent occidental, petite baraque à glaces… Et surtout une myriade de petites échoppes de souvenirs coincées dans l’ancien bazar de la ville. Un vrai pièges à pigeons: des écharpes en soie (comprenez du polyester luisant à souhait), des ikats extraordinaires (comprenez de l’impression bon marché qui fait le taf), des broderies « handmade » sur coton blanc (comprenez belle utilisation de la machine à la chaîne sur torchon basse qualité), des tapis en poil de chameau tissés dans la pièce d’à côté (comprenez tapis afghans en poil de biquette). Ceux-là sont magnifiques mais inabordables. Nous avons chez nous à Paris bon nombre de belles pièces que nous retrouvons ici. Sauf qu’Hugo les a ramenées d’Afghanistan, en les payant un dixième du prix. Mais on ne peut leur en vouloir: s’octroyer l’artisanat du voisin en guerre est chose aisée quand pas un quidam ne peut s’offrir le luxe d’aller chez ledit voisin. L’ancienne cité perse regorge d’architecture Chaybanide des rois ouzbeks et nous n’auront rien à dire sur l’extraordinaire beauté de l’ensemble: le minaret de Poi Kalyan vaut à lui seul tous les détours: les briques y sont savamment superposées en un incroyable jeu de motifs que tout designer qui se respecte ne pourrait épuiser en une seule vie. Bref, l’endroit aurait beaucoup à offrir culturellement, mais la sensation d’authenticité est quelque peu entachée par ce que l’on décide de nous y montrer. La guesthouse pour baroudeur sera néanmoins très appréciable, d’autant que la période de méchante tourista est engagée. La loi ouzbèque impose à tout étranger de séjourner au moins une nuit sur trois à l’hôtel pour s’enregistrer auprès de l’OVIR. Loi un peu emmerdante certes, mais nos vêtements et draps sales, nos estomacs fatigués et notre besoin d’un peu de confort ne bouderont pas longtemps ce plaisir.

 

Nous reprendrons vite la route en direction de Samarcande. Le bivouac improvisé sis à quelques kilomètres de la seconde ville mythique du pays nous réconciliera rapidement avec l’Ouzbékistan. De nuit, les vignes avoisinantes nous paraîtront être des champs de pommes de terre. Pour notre défense, peu de ressemblance avec nos excellents vignobles français, juste de l’anarchie et des feuilles embrassant le sol. De ceps, aucun ou sacrément bien enterrés. Au petit matin, on viendra chercher les 4 français pour déjeuner chez le maire. Rien que ça. Les propositions pleuvront de tout côtés, mais il nous faudra aller chez le plus estimé. En dignes célèbres personnalités que nous sommes devenues, nous répondrons à toutes les questions. Oui de France nous venons. En voiture. 30 ans, 30 ans, 35 ans et 27 ans. Non pas d’enfants. Le déjeuner sera bien loin d’être frugal: bouillon de viande, poulet, beurre clarifié, fromage frais, miel et ce pain inimitable. Après un nombre incalculable de clichés, avec le maire, avec le maire et l’institutrice, avec le maire l’institutrice et les enfants, le maire l’institutrice les enfants et la mémé, (vous êtes perdus? Nous aussi…), nous quitterons cette charmante compagnie affublés de quelques 5 kilos de raisins secs. 

 

Sur la route, nous nous arrêterons à Mitan et son bazar haut en couleur. Un brave type se fera un devoir d’être notre traducteur tout au long de nos emplettes, sans toutefois parler un mot d’anglais. L’Ouzbékistan s’avèrera être le pays le moins onéreux jusqu’à ce point de notre périple: chaque kilo de légumes coutera 10 centimes, les épices le double et la charcuterie le triple. De quoi s’exploser la panse tranquillement et à bas coût. À notre sortie du marché, nous serons invités par deux joyeux gaillards qui n’auront clairement pas bu que de l’eau malgré l’heure bien matinale. L’islam vodka bat son plein ici. D’une bière, ils tiendront nos hommes de houblon en houblon. Les conversations seront épiques, entre alcool aidant et absence de langue commune. Les filles reprendront le volant en direction de Samarcande, le cœur plus léger d’avoir pu rencontrer l’Ouzbékistan des Ouzbeks.

 

Parce qu'à Samarcande, nous retrouverons à nouveau le pays comme on veut le vendre aux touristes. Encore une fois, les vestiges de la route de la Soie seront impressionnants, à l’image du mausolée de Amir Temur (Tamerlan vous sera plus familier), le héros conquérant originaire de la ville, et du Registan, un immense ensemble de madrasas et d’une mosquée centrale de l’ère Timouride, un des meilleurs témoignages de la grandeur et de la suprématie de l’art islamique au monde . Mais autour de cet ensemble architectural incroyable, de hauts murs délabrés semblent vouloir cacher la misère. La vieille ville, pourtant beaucoup plus authentique, est volontairement mise à l’abri des regards étrangers, et certaines pièces ont même été déplacées pour être sises sur le circuit touristique sans qu’aucun n’ait besoin de fouler les quartiers insalubres. Une volonté non dissimulée du gouvernement, qui laisse bien songeur sur leur volonté de dévoiler leur propre pays.

 

 

 

La suite sera dictée par les réparations. Jordan et Simon, sponsorisés par euro4x4parts, ont commandé des pièces pour les voitures. Pièces qui auraient dû nous parvenir à Duchambe, avant de nous lancer sur la très haute et froide Pamir. Seulement voilà: le bureau DHL de la capitale tadjik a fermé il y a de ça deux semaines. Vous noterez notre propension à rater le coche régulièrement depuis notre départ… Nous irons donc récupérer les pièces à Tashkent, la capitale ouzbek, pendant que Turbo et le Mattroll partiront au Tadjikistan pour commencer les réparations. Nous ferons un stop près de l’Aydurkul lake pour la nuit. Une configuration très particulière nous y attend: des champs de coton à perte de vue laissent progressivement place à un désert sans fin. Nous nous arrêterons près d’une petite retenue d’eau aux prémices de l’immense lac salé, constitué en réalité d’une infinité de petits frères d’eaux . Au petit matin, un berger viendra nous demander de charger ses deux téléphones de l’ère néandertalienne (similaire à celui de ma maman soit dit en passant). Tout chez nous sera pour lui une découverte et il scrutera d’un air circonspect qui la poignée de la poêle, qui la boule à thé, qui le thé lui-même. Le Polaroïd qu’on lui offrira lui amènerait presque les larmes aux yeux. 

 

Nous terminerons notre route vers Tashkent paisiblement. Nous élirons domicile sur le parking d’un petit hôtel dynamique, où nous rencontrerons une partie de la future dream team chinoise. Nous pensions faire une brève halte dans la capitale, mais DHL en décidera autrement. Les errances hasardeuses nous manquaient, nous en profiterons, malgré les estomacs qui nécessiteront des toilettes à portée de postérieur… Un peu de repos n’a cependant jamais fait de mal à personne, et Tashkent est une grosse cité bien paisible. Les bazars et centres culturels ne manquent pas, nous en mangerons à tous les repas (entre kilos de riz blanc et litres de sodas maronnasses). Puis notre graal arrivera un beau matin, juste avant l’échéance de notre visa. Nous n’avions pas voulu réfléchir à l’éventualité d’un échec. Un petit remplissage de gasoil au bidon, et hop, ciao l’Ouzbékistan! Promis, on repassera sur le chemin du retour.

 

 

Ah oui, il faudrait que je parle du coton en ce point du récit. Nous sommes sur la route de la Soie, certes, mais le coton est ici le roi. L’URSS avait, en son temps, décidé de faire de l’Ouzbékistan son grenier à coton. Elle y a fort bien réussi, puisque plus de 25 ans après l’explosion du géant de glace, le coton est toujours ici omniprésent. Le pays, malgré sa superficie peu impressionnante, est le 2ème producteur mondial de coton. Les paysages se succèdent avec un fort accent pointilliste et le blanc duveteux impose sa suprématie. Quand il n’est plus dans les champs, on le retrouve dans les camions d’un bleu profond, qui laissent derrière eux virevolter l’or blanc.  À tel point que le pays, doublement enclavé, continue lentement, mais sûrement, d’assécher son unique mer intérieure, la triste Aral. Un désastre écologique, certes, mais aussi économique. Ceux qui en ont la direction se frottent les mains, ceux qui le cultivent les ont fort calleuses. Alors oui, le coton, c’est plutôt naturel, qui plus est plutôt sympathique comme fibre, mais peut-être faudrait-il penser à le consommer avec un peu plus de modération… Amis tisserands, ouvrez grands les bras au chanvre et au lin!

 

 

*Voyage au pays du coton. Petit précis de mondialisation" Erik Orsenna

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