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En route vers la Pamir

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Nous voilà enfin au Tadjikistan. Un but en soi pour Hugo qui en rêvait depuis fort longtemps. Compléter le tableau de la région persane… (Iran, Afghanistan et Tadjikistan sont les trois pays de langue persane). Le passage de la frontière sera relativement aisé, malgré cette succession de taxes toujours aussi improbables. Les Stan semblent s’être entendus pour pigeonner allègrement le touriste motorisé. Désinfection, contrôle d’hygiène, vérification médicale… Il va sans dire que nous ne verrons pas la couleur de la mise en place desdites taxes. Nous essaierons d’avancer au maximum pour rallier Dushambe et nos compères français. La nuit nous arrêtera bien avant, et nous serons invités des le premier soir par le directeur d’un sanatorium. L’hospitalité est ici encore chose courante, et mon homme ne boudera pas son plaisir de pouvoir à nouveau s’exprimer en persan. Son accent afghan sera rapidement repéré, mais bien mieux perçu que chez nos amis iraniens. Bon nombre de curistes seront en train de danser et chanter à plein poumon et nous entraîneront avec eux dans la danse. Ici, le frétillement de poitrine est légion, et je ne pourrai rivaliser avec celles incroyablement imposantes de nos hôtesses. Au petit matin, le directeur nous attendra pour nous conduire dans le réfectoire partager le petit déjeuner régional et nous réservera une séance photo devant tout ce qu’il estimera photogénique. Autant dire absolument tout. Le portrait du président, un massif de fleurs, le bassin, le bassin ET les fontaines, un autre massif, un arbre. Ah, encore un massif. Il aurait été fort dommage de snober ce dernier.

 

 

Il nous fera promettre de revenir. La Pamir, ça va bien deux minutes, mais sa région est encore plus belle selon lui. Le chauvin est définitivement universel. Il nous laissera ses coordonnées sur un bout de papier en s’appliquant comme un parfait petit élève qui apprendrait à former ses boucles. Seul hic: ici, le persan s’écrit avec l’alphabet cyrillique. Hugo peut donc toujours communiquer mais lire il ne pourra plus. L’histoire est d’autant plus surprenante que le cyrillique ne compte pas en son sein certains sons présents dans la langue persane. Il a donc fallu l’adapter pour coucher par écrit les sonorités tadjik. Un russe ne peut donc pas saisir l’intégralité de ce qu’il lirait ici. Les langues sont définitivement inscrites dans un système bien complexe, savant mélange d’histoire, de culture et d’invasions voisines.

Nous rallierons rapidement Dushambe, serpentant sur une route magnifique qui nous mettra bien vite l’eau à la bouche. La rivière voisine oscillera entre un turquoise profond et un jade grisonnant, tantôt à quelques mètres de nous, tantôt comme une vague pointillé en contrebas des cimes déjà enneigées. Nous traverserons le tunnel d’Anzob, reliant la capitale à la ville nord de Khodgent. Ce tunnel porterait également le doux sobriquet de « tunnel de la mort » Construction initiée par l’Iran et inaugurée en 2006 par ce cher Ahmadinejad, l’idée était au départ de rallier la Chine à l’Iran , en passant par Mazar e Sharif et Herat. L’instabilité de l’Afghanistan en aura décidé autrement, mais il subsistera tout de même ce tronçon de la « Nouvelle Route de la Soie ». Seule ombre au tableau: en 2007, après l’inauguration originelle, l’oeuvre n’était toujours pas aboutie et fut stoppée jusqu’en 2015. Encore bien effrayant aujourd’hui, exempt d’aération et sans aucune lueur si ce n’est celle de nos phares défaillants, il fut en ce temps l’incarnation parfaite de son petit nom: en complément de ses qualités précédemment citées, des trous béants, des tiges de fers meurtrières et des machines en grève jaillissaient devant les automobilistes comme autant de mauvaises surprises perceptibles au tout dernier moment. 

Et c’est dans un moment de catastrophe que nous récupérerons la fine équipe française. Jordan était à quelques doigts de perdre un des siens en achevant de réparer son compresseur. Mais comme tout est bien qui finit bien, le joyeux gaillard se sera juste fait une jolie frayeur. Les réparations iront bon train pendant deux petites journées, la main droite dans le cambouis et la main gauche sur le goulot. Le public avoisinant grossira d’heure et d’heure pour finalement être en capacité de remplir un auditorium de La Sorbonne. La célébrité peut avoir ses travers et nos rugbyman en feront les frais. La mystérieuse disparition de leurs téléphones échauffera les esprits et le ton deviendra plus dur. Ça fait partie du jeu, certes, mais il y a des parties qu’on se garderait bien de jouer.  

 

 

 

Nous nous mettrons enfin en route pour arpenter la mythique Pamir, une des plus hautes routes au monde. Il est d’ailleurs difficile de savoir sur quelle marche du podium la placer, puisque bon nombre de routes de la région se disputent gentiment la première place: la Karakorum, ralliant la Chine au Pakistan, le Ladakh, au nord de l’Inde, ou encore les routes tibétaines qui culminent à plus de 5000m. Quoi qu’il en soit, nous monterons doucement, mais sûrement dans les hauteurs. Les garçons et le Matt'roll fileront encore une fois trop vite pour nous, Hugo poussera pépère à fond mais n'arrivera toujours pas à les rattraper. Une petite semaine de retard dans les pattes nous obligera à rouler tous les jours. 

Nous déciderons de ne pas emprunter la M41 (la fameuse « Pamir Highway ») jusqu’à Khorog, certes route principale mais réputée beaucoup moins bonne. La première nuit sera une répétition pour nos amis français, mais une belle découverte pour nous: le Lac Nurek s’étend à perte de vue léchant les montagnes alentours. Les îles lointaines semblent flotter dans les airs tant les bleus aqueux et aériens s’embrassent sur l’horizon. Nous profiterons de la place pour préparer les réserves pour l’hiver. Entendez par là notre subsistance en bois pour les bivouacs à venir. La Pamir s’annonce froide et rude, et surtout quasi vide de tout carburant des feux de joie. 

La deuxième nuit sera ponctuée d’une belle surprise. Au fond du fond de la route, un éboulis de pierres nous attendra. Nous ne pourrons aller plus loin. Dans le village, beaucoup de maisons effondrées nous accueilleront. Et pas âme qui vive. Ah si. Un berger sortira de sa cahute pour nous assurer que nous ne pourrons aller plus loin, et nous invitera à boire le thé. Le brave homme est ici seul durant tout l’été pour garder les bêtes et l’on peut aisément dire qu’il vit de la manière la plus sobre qui soit. Sa cahute se réduit à une pièce garnie de tapis, un sac plastique en guise de réfrigérateur, des murs en torchis et des branchages pour couvrir le tout. Il va sans dire que l’électricité n’est pas arrivée jusque là, pas plus que le gaz pour cuisiner ou se chauffer. Il ne sera pas très affable, la solitude l’ayant certainement rendu un peu sauvage mais nous dire redescendre dans sa famille avec les bêtes dans quelques jours, avant la rudesse de l’hiver. En plus de la boisson chaude, il nous offrira la quasi intégralité d’un mouton préparé aux petits oignons. Dans tous les sens du terme. Une tuerie comme dirait mon homme. Un goût exquis, peut-être le meilleur qu’il nous ait été donné de manger jusqu’alors. Il décidera d’arroser tout ça de sa dernière bouteille de vodka. Nous lui en amènerons une toute neuve en guise de remerciement qu’il ne mettra pas longtemps à accepter. 

Le lendemain sera un grand jour très attendu. À défaut de pouvoir traverser l’Afghanistan, nous la longerons pendant près de 1000 kms. Hugo pourra lui faire un grand clin d’oeil, le cœur serré de ne pouvoir y retourner…

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