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À deux doigts de l’Afgha...

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Chose promise, chose due, nous arriverons finalement en face de l’Afghanistan. Avant ça, nous rentrerons dans la zone de la Pamir Highway, pour laquelle un permis spécial sera nécessaire, le GBAO. Les chicots d’or nous accueilleront bien cordialement, comme à l’accoutumée dans le pays. Hugo discutera avec eux de l’éventualité de passer en Afghanistan, leur réponse sera positive. Elle aurait du être négative... Nous repartirons avec un bon kilo de pommes dont nous ne saurons que faire. La rivière séparant les deux pays auraient pu offrir des bivouacs extraordinaires. Extraordinaires certes, mais totalement interdits. L’Afghanistan est en face et la menace des talibans semble pourvoir traverser les eaux. Les mines enterrées disséminées le long de la frontière seront aussi un obstacle de taille: sur les montagnes afghanes, elles seront autant de points blancs dessinés d’un trait de peinture pour signaler à tout afghan qu’ici il ne faudra s’aventurer. Le côté droit de la route nous sera désormais refusé. 

 

Hugo regardera d’un œil nostalgique nos voisins de voyage. Tout ce qu’il verra marquera les prémices d’un souvenir. « Tu vois, ce bâtiment tout blanc, complètement inadapté au climat, c’est une école. Les autorités afghanes obligent les locaux à construire tous les bâtiments publics selon une certaine esthétique ». Souvenir de ces années auprès d’Afrane, une petite ONG franco-afghane qui encourage l’éducation de tous depuis plus de 30 ans. « Et tu vois ces maisons de torchis aux toits plats? On y fait sécher les récoltes sur le toit. Un poêle central permet de diffuser la chaleur à travers les murs et le sol par des conduits qui y sont creusés ». Souvenir de ces quelques mois passés dans le Waras, une région centrale d’Afghanistan, où les hivers sont forts rudes et les gens profondément humains. Il pensera vite à Jawad, son mentor et ami, qui fut forcé de quitter le pays après avoir consacré sa vie à l’éducation des jeunes de cette province. « Et tu vois ces roues dans les ruisseaux? C’est leur centrale électrique à eux. » Il est vrai que de notre côté, les lignes à haute tension défigurent les paysages spectaculaires que nous traversons, pendant que les voisins se contentent de moyens primaires pour subvenir aux besoins en électricité. Il se posera souvent acoucou (nom joliment donné par nos jeunes rugbyman à la position accroupie communément acquise ici. On aime, on garde), face à ce pays qui lui est si cher, levant la main lorsqu’un quidam afghan errera sur sa pétrolette.

Nos regards se porteront bien plus sur les paysages de droite que sur le pays que nous sommes en train de traverser. Et pour cause. Les villages Afghans sont autant de petites oasis de verdure au centre de montagnes pelées, tranchantes, tantôt dorées, tantôt rougeâtres selon les heures de la journée. Les routes paraissent spectaculaires et fort dangereuses . De simples pistes creusées à même la montagne tracées comme un coup de crayon cisaillant la pierre. Beaucoup s’arrêteront au milieu de nulle part, attendant patiemment le burin et la dynamite qui leur permettront de poursuivre leur chemin. Regarder ces scènes de travail aux champs, de sortie d’école, de femmes en burka, de vie quotidienne aurait quelque chose de presque voyeuriste. Nous sommes à quelques mètres d’un pays dans lequel nous ne pouvons rentrer, d’un pays qui concentre bon nombre d’interrogations, qui véhicule toutes les peurs, qui attise toutes les curiosités et dont nous ne savons finalement pas grand chose. Les seules informations qui nous en parviennent sont celles d’attentats, de barbus mal intentionnés, de corruption envahissante ou de femmes privées de libertés. Pour moi, c’est surtout ce pays qui m’a pris longtemps mon homme, dont j’ai tant entendu parler, que je rêve de fouler, que j’espère un jour approcher d’un tout petit peu plus près. Pour Hugo, c’est sa terre d’accueil, celle où il a appris à faire ce qu’il aime, celle qui a un peu changé sa vie. Et surtout celle où il a perçu le sens profond du terme humanité. Alors oui rouler de l’autre côté de la rivière a quelque chose de sacrément frustrant...

 

 

 

Mais revenons à nos moutons Tadjiks, du côté gauche de la rivière. La conduite se durcira progressivement alternant tôle ondulée et nids de poules obèses. Nous en profiterons pour  nous arrêter fréquemment bien avant la nuit, histoire de reposer les nerfs éreintés. D’autres le feront des fois pour nous, à l’image de ces chauffeurs de poids lourds chinois qui rompront plusieurs cordes avant d’arriver à sortir leur mastodonte des pistes cauchemardesques, devant un auditoire grandissant. Les bivouacs s’enchaineront dans des lieux incroyables, tantôt cimes enneigées  tantôt rivière drue, tantôt champs à perte de vue. De quoi ne pas avoir envie de dormir, ou de dormir ici pour toujours. Un émerveillement des yeux constant qui en deviendrait presque emmerdant. Finalement, les routes défoncées auront leur avantage: prendre son temps sera le meilleur moyen d’apprécier d’un air béat les moindres trésors de la Pamir. 

 

 

 

 

 

 

 

Nous croiserons bon nombre de 4x4, véhicule roi dans ce coin bien reculé du globe. Beaucoup sont en réalité des taxis partagés, mais aussi des véhicules humanitaires de la Aga Khan foundation. Aga Khan est le titre héréditaire donné aux imams de la secte musulmane ismaélienne nizârite, descendante de la « secte des assassins * ». Leur chef spirituel est aujourd’hui bien fortuné, résidant en Suisse et possédant entre autre une fondation œuvrant particulièrement auprès des Chiites. Les Pamiris étant pour la plupart ismaéliens, l’ONG à beaucoup contribué ici à une évolution plus rapide du pays. Il est dit que cet homme aurait sauvé d’une famine meurtrière bon nombre d’habitants de Kholog en 93 et 97 pendant la guerre civile qui suivit l’indépendance du Tadjikistan à la chute de l’URSS. Alors ici, c’est définitivement un Dieu, et pas un panneau n’élude son nom.

Puis viendra le soir tant attendu: l’anniversaire de notre Jojo National. Avant ça, nous aurons refait les provisions: le petit jeunot s’est fait un devoir de descendre seul sa bouteille de vodka. Nous lui donnerons la mignonnette, il n’est pas encore en âge de fêter les catherinettes. Le bivouac sera cette fois difficile à trouver et se faire déloger par les militaires un soir comme celui ci aurait pu être fort décourageant. Mais les talibans paraît-il sont aux aguets et des touristes seraient une cible potentielle bien extraordinaire. Alors bougeons moussaillons! Les chevaliers tadjiks nous refuseront l’hospitalité pour la nuit, mais passera par là un agriculteur du coin qui nous trouvera fort à son goût. Non content de pouvoir trouver des compagnons de vodka, il en profitera pour esquiver sa mère qui viendra lui remonter les bretelles à maintes reprises. Arrivera la star de la soirée: un vieux tadjik déjà bien imbibé décidera de partager son répertoire musical, nous faisant profiter de son plus beau sourire édenté. Nos deux français n’en attendaient pas moins et sauteront sur l’occasion pour pousser la chansonnette. Nous les connaissions déjà en parfaits petits choristes de musique française, nous les découvrirons sur le registre tadjik. Et chapeau bas les guys! Même sans piper un seul mot de persan, ils nous feront une excellente démonstration de l’utilisation de leur organe. K-way jaune, notre octogénaire tadjik rebaptisé pour l’occasion (il ne nous donnera jamais son nom...) chantera à son tour en français. Une petite chanson paillarde venue tout droit du stade du ballon ovale... Il peut être parfois préférable de ne pas tout comprendre! Il encouragera Christophe d’un merveilleux « Clistophe la guitale » et ponctuera chacune de ses prestations d’un « blaaaaavo blaaaaaavo » tonitruant. Nos hommes finiront sur les rotules et le réveil sera bien compliqué pour certains. Mais on n’a pas tous les jours 24 ans au Tadjikistan!

Nous continuerons de grimper dans les hauteurs, la vitesse ralentissant au rythme de la dégradation des routes. Le froid se fera de plus en plus sentir. Mais la Pamir sera pleine de ressources et nos hommes ne tarderont pas à découvrir ses sources chaudes. Un médecin tadjik, monté dans Pépère au détour d’une route, se fera un devoir de nous y initier en insistant sur leur pouvoir bénéfique, voir extraordinaire pour les yeux. Il ne me lâchera pas avant que j’ai aspergé les miens une bonne dizaine de fois. Ce fut donc bien malheureuse que je me réveillais le matin toujours aussi bigleuse.

À nouveau, les sources chaudes de Bibi Fatima, certainement les plus fameuses (entendez par la touristiques) de la région, réchaufferont les corps. La veille, Hugo était aller s’enquérir auprès d’un fermier du coin, de la possibilité de trouver de la viande. Pas de viande. Du moins, pas le soir. Au petit matin, Camille (dont c’était l’anniversaire...) aura l’immense joie de se réveiller en face d’un abattage en bonne et due forme d’une vache pour le petit dej. J’ai peut-être oublié de préciser que Camille est végétarienne... L’intention était sympathique, mais les fermiers auront surtout vu là l’occasion rêvée de se faire un billet. Le tourisme est à son apogée en ce point de la Pamir et trois bolides étrangers sont signes de grand S barrés. Après négociation, nous réussirons à repartir avec seulement 7kilos de barbac: c’est la bête entière qu’ils auraient voulu nous refourguer.

 

 

Dès lors, les bivouacs seront placés sous le signe des barbecues. Simon et Hugo s’improviseront boucher pour l’occasion, manquant de perdre leurs doigts glacés par la chair fraîche.

C’est aussi le moment que choisiront les chauffages du Matt’roll et de Pépère pour se mettre en grève, au dessus de 3000 mètres et en plein mois d’octobre. Autant vous dire que les chauffages syndicalistes, on adore! Ce sera l’occasion de mettre en place des techniques imparables pour résister au froid. Les pierres chaudes calées auprès du feu puis glissées au fond du lit (merci Jojo et ses années de baroude chez les scouts), les chaussettes en laine coincées dans les claquettes, le bon vieux style allemand inimitable (merci belle maman), les collants intégraux qui garantissent un sex-appeal extraordinaire (merci Uniqlo), les litres d’eau bouillante envolés en vapeur au moment de retrouver Morphée. Bref, un arsenal de guerre contre le froid qui ferait saliver plus d’un barbu de l’autre rive. 

Revenons une dernière fois sur l’Afghanistan avant de clôturer ce post. Nous avions tous très envie d’y poser le pied, mais l’option envisagée au départ s’est trouvée vite compromise. Il y a encore quelques années, il était possible de traverser la frontière à la hauteur du petit village d’Iskashim le temps d’une demie journée pour aller y faire son marché. Jusqu’à ce que cela devienne bien trop dangereux. Pas moyen donc d’y poser un orteil. Mais Jordan et Simon ne se résoudront pas à accepter la sentence. Avant de quitter la route longeant la frontière pour remonter au cœur du pays, ils iront donc à la nage. Dans l’eau glacée et tumultueuse. En caleçon bien sûr. On ne vous avait peut-être pas encore dit qu’ils étaient timbrés...

 

 

 

* Avec une histoire qui ressemble à s’y méprendre à celle d’Al Qaida et son chef Ben Laden, la secte des Assassins est née d’un schisme au sein de l’ismaélisme (lui même branche de l'Islam chiite) au 11ème siècle. Son chef, de son petit nom « le vieux de la montagne », a terrorisé le Moyen Orient avec ses commandos suicides. Il est l’un des pères du terrorisme moderne et pour certains à l’origine du terme « haschisch », dérivé du terme « assassin ». Sa vieille forteresse est aujourd’hui un haut lieu du tourisme iranien à Alamut. On vous conseille le détour et la lecture de « La secte des assassins XIeme -XIII eme siècles. Des martyrs islamiques à l’époque des croisades » écrit par Christine Millimono. Bonne lecture!

 

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