© 2023 by Name of Site. Proudly created with Wix.com

August 9, 2019

Please reload

Posts Récents

La tête dans les nuages

August 28, 2019

1/10
Please reload

Posts à l'affiche

Un petit pas dans l’Empire du milieu

December 17, 2017

Rentrer en Chine avec son véhicule revient à gravir l’Everest en tong. Ou réaliser un Ironman un lendemain de soirée trop arrosée. Ou lire l’intégralité de Proust sans respirer. Une mission quasi impossible que James Bond lui-même aurait du mal à relever. Explication de texte: pour obtenir le droit de faire tourner les BFGoudrich de notre Defender star sur les routes chinoises, l’organisation s’est jouée bien en amont. Permis chinois, plaques d’immatriculation chinoises, guide chinois (du moins un local qui guette tes mouvements et t’aide au besoin à traduire « Diesel » ou « pas trop épicé » ) sont requis pour traverser l’immensité de l’Empire du Milieu. Un package qui te coûtera la modique somme de 35000 nounours en chocolat (pour donner une idée à ma maman) ou de 7 IPhone 7(pour donner une idée aux autres). Afin de réduire considérablement le coût en partageant les frais, nous étions partis à la recherche d’autres milliardaires comme nous prêts à sacrifier leur folie acheteuse pour les 10 années à venir. Six mois avant de quitter la France, nous étions environ 5 véhicules. Arrivés à la frontière, retardataires oblige, nous serons finalement 10 véhicules- 7 voitures et 3 motos. Si vous comptez bien, cela fait donc 34 roues et des brouettes avec celles de secours prêtes à arpenter vaillamment le macadam chinois. Tous cherchent à traverser le pays pour le visiter, certes, mais aussi pour rallier l’Asie du Sud-Est. Pendant 36 jours, nous serons donc une joyeuse colonie de voyageurs européens, digne d’un bus de touristes chinois au pied de la Tour Eiffel. Sans la Tour Eiffel, sans le bus, mais avec les chinois. Présentation sommaire de la fine équipe:

 

Simon et Deveena, nos Rosbeefs préférés. Le flegme britannique d’un Simon à l’accent français So British, et d’une Deveena pimpante et rafraîchissante à souhait, animés tout deux d’une détermination positive sans faille. Leur monture So British, Walt, est un van aménagé avec moquette, carrelage et garde robe, excusez-moi du peu. On lui décerne notre préférence esthétique.

Brigitte et Yvonne, nos aïeuls préférées. Un humour décapant, suisseuuh pour l’une, so British pour la seconde, et jamais les dernières pour reprendre en cœur les conneries de nos rugbyman. Leur carrosse, Charlie, un bon vieux Hyundai Santa Fe, sera le seul à ne montrer aucun signe de faiblesse pendant les 5 semaines sino-européennes.

Thomas et Christian, nos Liechtensteinois préférés. Enfin Christian est autrichien. Mais on adore l’idée de venir du Liechtenstein. Je vous vois venir d’ici: c’est le moment où vous allez fouiller sur Google map pour savoir où se trouve ce micro état coincé entre l’Autriche et la Suisse. Thomas a préparé le coup. À chaque poste frontière, il sort sa petite mappemonde pour expliquer d’où il vient. Ils roulent dans un Combi Toyota rouge, affublé d’un mystérieux tronc en guise de sponsor.

Bernhard et Katja, nos Autrichiens préférés. Partis seulement un mois avant l’entrée en Chine, ils ont couru pour arriver jusque là et sont donc les plus frais. Bernhard, soudeur de profession sera notre sauveur quelques jours plus tard. Rosemary sera leur maison pour deux ans, un combi Volkswagen dont Hugo rêvait avant de lui être infidèle avec Pépère.

Camille, Christophe et Turbo, nos lyonnais préférés que vous connaissez déjà sur le bout des doigts, depuis ce soir d'août à Téhéran.

 

Simon, Jordan, et le Matt’roll, nos rugbyman préférés, que vous connaissez également depuis l’Iran. Ils se sont depuis soulagés dans notre réservoir de liquide lave glace. Du coup ce ne sont plus nos préférés.

 

Tamer, notre gentleman British et Syrien préféré. Un amour pour ces dames, à qui il offre des doux chocolats, des gants contre le froid, des compliments à la pelle. Un sauveur pour ces hommes, à qui il offre non pas les compliments mais la pelle. À caca. (On consacrera un post à la pelle à caca pour que vous situiez l’importance de la chose). Tamer est aussi un négociateur hors pair, ce qui suscitera la jalousie d’Hugo qui pensait être intraitable et imbattable. Et le meilleur aux barbecues. Bref, Tamer est extraordinaire. Sa monture est une BMW GS1200, chargée de presque toute sa vie. Il est comme ça: même en moto il amènerait sa maison pour s’en délester progressivement en l’offrant en morceau.

 

Harty, notre allemand préféré. Une rigueur de conduite, dans tous les sens du terme. Il se faufile partout, les roues ou le ballon rond au pied, pour être le premier sur la bière. Il galope avec une BMW GS650, un tout petit gabarit à l’image du bonhomme.

 

Béni, notre suisseuh préféré. Un calme olympien, où confuséen, plus d’actualité, que rien ne pourrait entacher. Même pas une panne au bout de 3 jours qui l’obligera à nous quitter très rapidement. Le dernier du club des motards roule avec une BMW GS800.

 

Si vous suivez, nous sommes donc au nombre de 9 véhicules et 15 occupants, plus nous, pour arriver sur un total non négligeable de 10 bolides et 17 gaillards. Ajoutez à la recette explosive deux guides. Shang était en contact avec nous depuis 6 mois. Un chinois fort sympathique qui connaît les européens et leurs mœurs sur les bout des doigts après plus de 8 années passées auprès d’eux à arpenter son propre pays. Kevin, alias Luan Luan, sera lui plus novice: barman de profession, il connaît plus les recettes de cocktails improbables réalisés à partir d’alcools chinois imbuvables que les recoins et l’histoire de sa nation. Mais il sera définitivement plein de bonne volonté pour tenter de servir les souhaits de ces bon vieux baroudeurs. Le seul hic, c’est que nos deux guides ne sont pas autorisés à nous attendre derrière la ligne rouge: c’est seulement à Kachgar que nous les rejoindrons.

Avec toute cette préparation chronophage, nous aurions pu être en droit d’espérer un passage de frontière rapide et concis. Ce droit à l’expédition Chronopost express que tout voyageur qui se respecte amène dans sa besace. Oui, mais non. Tout ce bourbier administratif mis en place en amont sera certes un gain de temps. Nous aurions pu faire le pied de grue à la frontière plus d’un mois sans issue positive, moyennant du bakchich au kilomètre qui se serait avéré fort inutile. C’est finalement pas loin de 48h qui seront nécessaires à l’octroie de notre liberté -le mot est fort, nous sommes en zone rouge- routière.

Les douanes nous mettront des bâtons dans les roues -et des bâtons dans des BF, ça ralentit- dès le départ. Une demande de rançon avortée nous obligera à patienter le temps de la pause déjeuner. Et ici on déjeune pendant près de 3 heures. Du moins on avale un bol de nouilles à l’arrachée et on fait une partie de go, sous prétexte d’une taxe amoindrie contre estomacs repus. Pour nous, rien de stressant. Nous avons appris à attendre chez nos amis Turkmènes, que nous considérions être les meilleurs. Et puis il reste des frites et le terrain des douanes s’avère être un terrain de rugby idéal. Un petit match rapide verra s’affronter les Frogs et les Rosbeefs. Puis l’administration rouvrira ses lourdes portes, contre une taxe cette fois plus élevée. Payons moussaillons, le temps nous est tout de même compté. En guise de représailles, les douanes s’amuseront à jouer avec les nerfs de l’équipe des 2 roues. Le rayon X est défaillant, que voulez-vous. Il scanne, il contrôle, mais il oublie aussitôt. Pas moins de 4 passages pour finalement obtenir le graal.

 

Le graal, c’est l’autorisation de circuler d’ici à là-bas. Et là-bas, c’est le second rayon X à quelques 130 kilomètres de là. Au Liechtenstein, on serait déjà ressortis du pays. Mais l’excès est à l’image de la Chine, soit l’amplification de tout ou presque tout. Pour faire ce petit bout de chemin, on nous collera dans les pattes un guide profondément inutile. Akbar est ouïgour, il sourit, il est gentil, mais il se fout ouvertement de nous. Les bakchichs c’est pas son business, les hôtels c’est pas son business, les explications c’est pas son business. Bref, le business, c’est pas sa tasse de chaï. Nous poserons les voitures au second poste frontière. Nous passerons au détecteur de maladies, nous répondrons aux questions fort recherchées que les services secrets à l’esprit affûté nous poseront. La palme reviendra à Jordan, à qui l’on demandera tout de même « Do you have blue eyes? ». « Euh, aussi loin que je m’en souvienne, oui ». À moins que l’on ne découvre là le daltonisme de notre albigeois. Bref, de l’intelligence de haut vol. Nous resterons tous très sages, devant les « chuuuuuuuts » insistants et irritants du moindre officier des douanes. Nous mettrons même un petit smiley super content à la gentille douanière qui ne nous dira pas un mot. Oui, parce qu’ici, on peut noter les employés de l’état en appuyant sur un petit bouton pour juger de la qualité de leurs services. Gentille douanière qui se trouvera avoir un gentil douanier plus haut gradé perché sur son épaule. Alors oui, on lui mettra la meilleure note. On ne sait jamais, il ne faudrait pas qu’on lui grille sa prime de nouvel an chinois. 

Nous voici donc en possession d’un passeport au visa tamponné, en somme d’une autorisation de fouler le sol de la géante de l’Est. Nos montures sont elles coincées à la douane et il est près de minuit. Nous pensions alors que tout était préparé en amont. L’interdiction de ronfler dans Pépère était connue depuis fort longtemps, et avec une telle somme allouée pour la traversée, nous étions en droit de penser que l’hôtel nous attendait. Grossière erreur. Ne jamais être en droit d’attendre quoi que ce soit en territoire chinois. Attendre sera notre seul droit. Nous tournerons nonchalamment autour des immondices architecturales douanières avant de se rendre à l’évidence: point d’hôtel réservé pour la nuit, et nous sommes tout de même 18. Notre salut viendra des policiers chinois. De la gentillesse pure ou une furieuse envie qu’on décampe de leur terrain de jeu, nous ne connaîtrons jamais l’origine de leur bonté d’âme. C’est donc à bord de carrosses blancs et bleus, sirènes au vent, gyrophares en rut et allure d’escargot que nous gagnerons nos pénates (Un petit aperçu plus bas en vidéo . Désolée Doudou tu es parfait, on te l'a piquée)Un couteau suisse égaré au fond d’une besace suisse effraiera nos hôtes. Retour à la case départ, direction le bureau de police. Ultime vérification de nos identités pour la journée: nous avons une certaine propension à nous transformer au fil des heures, il serait dommage que nos passeports ne soient plus à l’image de nos frimousses... C’est finalement à deux heures du matin que nous rejoindrons nos draps propres. Après deux semaines sans douche, les naseaux frétillants de nos nouveaux compagnons à chaque tentative d’approche nous rappelleront qu’il serait grand temps d’allier corps et eau savonneuse. Mais froide l’eau coulera. Il est des journées qui durent 24heures... Longues et pénibles, mais pleines de souvenirs inaltérables. À altérer sous peu!

 

C’est frais comme des poissons chats coincés au fond d’une vulgaire bassine en plastique que nous entamerons la journée suivante. La nuit fut courte et les sirènes policières prégnantes jusque dans les rêves. La journée de la délivrance donc. Beijing Time. Soit un décalage de 3heures en une frontière. Même les fuseaux horaires sont au rythme du Parti Communiste. Même le soleil et la lune subissent les diktats du Parti. La journée aurait du être simple et efficace. Au programme, second passage de rayon X et conduite en direction de Kachgar . Aurait du être. À chaque tour d’aiguille, Akbar l’affreux égrènera les minutes. C’est que le rayon X nécessite de la main d’œuvre, trop affairée ailleurs pour s’occuper du convoi. Pourtant ils ont l’air cruellement nombreux à se tourner les pouces les petits bonhommes verts. Annonce à 9h. Une heure d’attente. Nouvelle annonce à 11h. Une heure d’attente. Vers 13h, pour ne pas nous laisser abattre, nous cuisinerons. Puis laverons la vaisselle oubliée de Sary Tash. Nouvelle annonce à 15h. 30 minutes d’attente. Puis à 16h. Finalement le rayon X deviendra soudainement inutile. Nous ne saurons jamais si le rayon X avait une existence palpable... 17h, départ vers la capitale du Xinjiang. En somme, une journée d’attente pour... rien. La patience est une vertu à caractère chinois. Un idéogramme entremêlé d’imbroglios administratifs sans lendemain, de volonté farouche de faire fuir l’occidental et d’incompréhension qu’il serait bien inutile de chercher à traduire. 

Bref, si vous ne vous êtes pas assoupis entre les lignes, vous l’aurez bien saisi: nous sommes en Chine, pour le meilleur et pour le pire. 

 

Crédits photos et vidéos: Brigitte Boccardi, Jordan Cavailles et Simon Escand

 

Tags: