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C’était une malle bleue

December 21, 2017

C’était une cantine bleue. Certainement la plus baroudeuse d’entre nous. Elle avait voyagé. Du haut de ses 50cm, elle en avait parcouru des kilomètres. Des pays. Des continents. Avec toujours cette même soif d’engloutir les nouveautés. Parfois trop gourmande, elle se délestait progressivement de son surplus, reliquats de souvenirs français devenus bien futiles. Elle se gorgeait alors de mets locaux, s’enorgueillissait de porter en son sein des raretés lointaines peuplant les découvertes quotidiennes. 

C’était une malle bleue. Ses premiers pas sont un peu flous. La jeune fille n’était pas encore de ce monde, le jeune garçon n’allait pas tarder à pointer le bout de son museau. Peut être un peu grâce à elle. Pour son premier voyage, du moins du fond de leurs mémoires et des bribes d’itinéraires contées, elle avait navigué en direction du Sud des Amériques. Argentine, un an d’arrêt. En bonne compagnonne qui sait se faire oublier, elle s’était installée confortablement au fond d’un petit appartement argentin, attendant sagement qu’on lui donne du grain. Les effluves de la métropole s’en étaient allées avec le temps, pour n’être plus qu’une lointaine réminiscence olfactive. Un beau jour, elle s’en était retournée dans ses pénates, chargée cette fois de jolies histoires d’ailleurs. 

Puis elle avait commencé une vie plus pépère. Métro boulot dodo au gré des déménagements successifs. Toujours prête  à rendre service durant près de 20 ans. Le beau jeune homme, parti à l’assaut des Indes l’avait alors pris sous son aile. Il avait du pain sur la planche, rêvant secrètement de parcourir l’immensité en moto pendant ses heures oisives. Sa vie d’alors s’en était allée bien au chaud au creux de notre héroïne. Elle avalait moult et moult ouvrages, feuillets volants, histoires d’antan, un petit paradis pour sociologue averti. De l’or en barre pour celui qui pensait s’aventurer aux tréfonds du sanskrit. Une fois de plus, elle s’était faite oubliée, ouvrant bien vaillamment la gueule quand on venait se fournir dans sa gorge. Elle fournissait, puis se voyait enfournée d’une nouvelle tournée. C’est qu’il grattait le loustic sous ses airs de rêveur. Un beau jour, il en eut assez de remplir des feuillets et d’étudier en image ceux qu’ils pouvait toucher en vrai. 

C’était une boîte bleue, abandonnée quelques mois au fond d’un appartement de Delhi. Le jeune homme avait quitté la recherche climatisée attirée par celle des peuples. Juchée sur une Enfield du triple de son gabarit, il arpentait les villages, à la recherche de ce qu’il ne pouvait saisir par les mots. Il en revint les bras chargés de babioles en tout genre. Celle fois-ci elle avalerait des Ganesh par centaines, des pierres multicolores, des tissus sacrés et même de l’eau sacrée du Gange. Une nourriture épicée pour lui colorer l’existence. À nouveau, elle avait vogué jusqu’en France. Le retour au bercail, elle commençait à connaître. Elle déménagea encore et encore, conservant précieusement les trésors enfouis de l’Inde de sa jeunesse. Elle élût domicile dans une cave bien glauque du 93, avalant tout ce qu’on lui tendait. L’arrivée de la jeune fille élargit son horizon. Tissus bariolés, vestiges de pérégrinations asiatiques, pelotes de laine, roquets de soie, mannequin de couture. Elle devint boulimique, criant souvent au trop plein. 

C’était une caisse bleue. Elle revit la lumière un jour pluvieux de juin. La jeune fille et le jeune garçon avaient décidé de l’amener vadrouiller avec eux. Leur carrosse roulant ne pouvait accueillir toute leur vie, elle pouvait enfin reprendre du service. Ce qu’elle aimait par dessus tout, c’était le voyage. Elle connaissait bien les mers, elle avait connu les airs, elle voulait maintenant connaître les routes. Elle s’installa fièrement au sommet de la monture, ingurgitant quelques 3litres au 100 du précieux carburant essentiel à la survie du bolide. Elle avala de précieux présents: chaussettes et bonnets, manteau de cuir, chaussures de marche, planches de bois... Elle se sentait fière de sa nouvelle utilité, fendant le vent d’un air goguenard. Le froid transperçant l’allégea de son contenu. Un petit air vexé se dessinait déjà sur son corps de métal. Un soir d’octobre, elle sentit comme un vide en elle s’instaurer. Allégée, un brin angoissée, elle attendit sagement qu’on lui explique la suite. Elle avait été trop gourmande, le gasoil coûte cher.

C’était notre malle bleue. Son seul sobriquet fut « la malle ». Mais on l’aimait notre malle. Elle était la plus baroudeuse d’entre nous, et c’est aux portes de l’immensité de l’Empire du Milieu qu’on lui fit nos adieux. Elle ne verrait pas Xi’An, elle n’irait pas jusqu’au berceau de la route de la Soie. Hugo ne s’est pas retourné, il n’a jamais aimé les adieux. Je l’ai regardé fixement. Ce ne serait pas la fin de sa vie. La bas, elle pourrait servir à beaucoup. Devenir poulailler, berceau d’un soir, fidèle destrier d’un bridé en mal de malle. 

C’était une malle bleue. Elle restera une malle bleue. Juste un peu plus loin de nous, juste un peu plus proche d’eux.

 

 

NB: l’histoire initiale a été quelque peu romancée... Nous n’étions pas encore de ce monde! J’espère que les principaux protagonistes ne m’en tiendront pas rigueur...

 

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