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18 août 2012. En posant le premier pied à Vang Vieng, je n’avais guère envie d’y faire de vieux os. Si Claire ne m’avait pas encouragé à y faire une courte pause, j’aurais purement et simplement évité l’endroit. Il faut dire qu’ici je ne suis pas très à mon aise. Les occidentales à la peau parfaitement bronzée se déhanchent en bikini dans les rues, pendant que leurs homologues masculins titubent la bouteille à la main déjà tôt le matin. Ou tard le soir puisqu’ils ils ont passé la nuit à s’enivrer dans le seul bar ouvert tardivement. Les bouis bouis ont laissé place à une enfilade de petites cabanes de bois transformées en restaurant pour substanter des estomacs trop faibles face aux mets locaux. Au menu, pizzas et burgers. Si vous fouillez un peu, ils pourront devenir happy. Entendez par la un rapide ajout de marijuana ou d’opium local. Rappelons que nous sommes au Laos. Un pays où les femmes portent de longues jupes brodées dévoilant à peine leurs mollets, où les hommes sont en chemise et pantalon malgré les températures agressives et où le moindre quidam se retire dans ses pénates à 22h au plus tard. Mais les paradis pour backpackers sont ce qu’ils sont. Un choc des cultures plutôt déconcertant, où les étrangers vivent sans trop se soucier de la vie locale, où les laotiens vivent comme ils le peuvent. Le portrait est dressé. Pendant que je me dirigeais au nord de la bourgade pour élire domicile dans une de ces lugubres chambre pour baroudeur du dimanche, un laotien m’interpelle pour me vendre son nouvel hôtel tout frais a un prix défiant toute concurrence. Je vais jeter un œil. L’endroit est correct, et je suis réveillée depuis 5 heures. Une des décisions les plus déterminantes de ma vie. Je décide de m’assoupir le temps d’une sieste, imitant de fait les locaux. De sieste en sieste, je finirai par faire une petite nuit. À ma sortie de la chambre, le propriétaire m’interpelle. « Regarde, il y a un français qui vient d’arriver, parle avec lui ». L’injonction ne me plait guère, d’autant que je suis un peu atteinte par une curieuse maladie du voyageur, celle d’éviter à tout prix de retrouver mes compatriotes ici. Le garçon n’a pas l’air bien méchant après tout. Il semble que lui non plus n’avait prévu de s’endormir ici mais sur les conseils d’une amie, il y a tout de même posé sa besace. La suite est simplissime . Une balade rythmée par des anecdotes de vie, des Beerlao sur le coin d’une table en plastique surmontée d’une nappe jaune à tête de tigre, un barbecue en compagnie d’un laotien éméché qui ne cessera d’entonner du Brel et une partie de pétanque lamentablement perdue. Deux jours plus tard, nous étions toujours à Vang Vieng. Et nous parlions déjà de la mythique route de la Soie et de notre passion commune pour Nicolas Bouvier.

Ceux qui nous connaissent l’auront saisi. Il s’agissait là de notre première rencontre. Celle d’une jeune fille partie vers le nord du Laos pour trouver une jupe Hmong aux mille plis -qu’elle ne trouvera que des années plus tard au Vietnam- et celle d’un jeune garçon qui descendait vers le sud du Laos après une mission humanitaire en Birmanie. 

20 novembre 2017. Revenir au Laos , qui plus est en voiture, après avoir parcouru cette route légendaire dont nous avions parlé des années plus tôt avait un parfum de nostalgie. Tout était un appel sauvage à des réminiscences enfouies sous la latérite. La Beerlao d’abord, sans qui ne serions peut être pas assis dans un Pépère bringuebalant et inconfortable. Le riz gluant qui dans nos cœurs remplacerait même le pain. La jungle si luxuriante où l’un craint les araignées pendant que l’autre rêverait de se voir pousser des ailes pour éviter les rampants. Les paysages paradisiaques mêlant rizières d’un vert entêtant et falaises karstiques un brin terrifiantes. Les routes bien sur. Ces pentes incroyables que même le Tourmalet ne compte pas. Ces lacets incessants qui te feraient bien recracher tout ton riz gluant.

Et surtout la quiétude et l’apaisement pour lesquels le Laos n’a pas d’égal. Entouré de voisins dynamiques, touristiques, au développement économique croissant, il agit au centre comme une incarnation céleste du temps suspendu. Tout prend du temps, mais tout un chacun sait prendre son temps. Rugir pour accélérer est aussi efficace qu’une goutte d’eau dans un océan. Le pays t’impose son rythme et déconstruit le tien. Une éloge de la lenteur et une ode à l’appréciation de la vie sans fioritures. Ce pays coule dans nos veines désormais. Il a été notre berceau, berceau de deux jeunes gens tentant de devenir adultes. Il nous a permis d’apprécier la patience et le silence à leur juste valeur. Finalement, plus que Xi’an, le Laos était notre premier vrai but en soi. 

Cinq ans plus tard nous ne pouvions qu’être attristés devant la colonisation notable. La Laos était resté le même, car on ne peut lutter contre le temps suspendu. Mais derrière ses grandes feuilles de bananier, nous pouvions apercevoir ces colons modernes ronger ses terres, ses villes et sa culture. Cinq ans plus tôt, un français amoureux du pays m’avait confie son désarroi. Il regardait d’un air hagard le Laos disparaître sous un flot Sino-vietnamien. C’était la première fois que nous y mettions les pieds, et j’avais trouvé son constat un peu rude. Mais il avait raison. Je ne voulais juste pas avouer que j’avais déjà manqué beaucoup. Il m’avait fortement incité à revenir sous peu, sans quoi je ne verrais qu’une pâle copie de ce qui m’avait remis le pied à l’étrier du voyage. Cinq ans plus tard, une part de la magie portée par les eaux boueuses et tumultueuses du Mékong s’en était allée définitivement. Nous étions heureux et un sourire béat se dessinait sur nos visages usés par cette course contre le temps. Nous allions pouvoir prendre notre temps. Mais nous étions aussi bien tristes: notre berceau se délitait sous nos yeux, ôtant au temps toute sa patience. 

Ironie du sort, nous ne pouvions cependant trop nous attarder sur ce terrible constat: dans quelques jours la famille débarquait et nous voulions les embarquer sur les traces de notre histoire. 

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