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Etre français en Asie

May 5, 2018

Certains des pays traversés furent une totale découverte. Pour d’autres, la redécouverte fut notre moteur. Nous arrivions bien souvent avec une vision des choses ethnocentrée. Non pas que ce fut une gageure. Tout voyageur est ainsi constitué: même avec la plus profonde humilité, des siècles de toute puissance occidentale avaient imprimé en nous des vérités tenaces quoi que purement théoriques. Et soyons réalistes: même en se targuant d’avoir une connaissance, certes non exhaustive, des contrées asiatiques, les éprouver au quotidien en dessinait une tout autre réalité. C’est désormais de manière empirique que nous confrontions nos connaissances sur le continent. 

En entrant dans un pays, il était devenu coutume qu’on nous questionne sur le pourquoi de notre intérêt pour ledit pays. Avouer que c’était juste parce qu’il se trouvait sur notre route -Turkmenistan mon ami - ne paraissait pas envisageable. Avouer qu’une volonté féroce de percer le mystère d’un régime autoritaire qui nous effrayait - Chine mon amour - était tout simplement proscrit. Avouer qu’au fond, on n’en savait rien, aurait pu égratigner la susceptibilité de certains et réveiller un nationalisme dormant. Alors souvent, nous retournions nos mémoires nomades et tentions d’esquisser un portrait qui conviendrait à toutes les parties.

Et puis, en entrant dans un pays, en roulant dans un Pépère dont la rareté attirait les regards, en dépliant jour après jour notre maison sur une plage, dans une rizière, non loin d’un temple, sur les sommets, nous devenions objet d’intérêt notoire. Et cible de toutes les questions. Mais d’où pouvions-nous bien venir, affublé de ce véhicule aux airs de baroude, dont le confort rudimentaire ne conviendrait pas au plus démuni de nos interlocuteurs ? De France. Français donc. French.  Frances. Faransawi. Fransuski. Faguo. Falang. Faap. Baraing. Franches. Dès lors, l’intérêt que nous pouvions avoir de leur pays se retournait en l’énonciation de ce qu’évoquait pour eux notre propre pays. 

Le grand vainqueur de l’image de la France en Asie était bel et bien le ballon rond. Dès l’ouverture des portes turques, on nous rebattit les oreilles d’un Neymar et d’un Benzema que je ne connaissais même pas de vue et dont l’actualité avant notre départ m’évoquait plus une saga truffée de sombres affaires de sextape et de gros sous. 

En Arménie, la star fut tout autre et pour cause. Nous avions un point commun en la personne de Charles Aznavour, de son vrai nom Shahnourh Varinag Aznavourian. Dans un français yaourt, même les moins de vingt ans connaissaient la Boheme et nous auraient bien emmenés au bout de la Terre assistés d’une bouteille d’alcool blanc aidant à la communication.

En Iran, les évocations furent multiples. Bien sûr, les footballeurs avaient leur préférence, mais on nous parla assez rapidement de Monsieur Macron, fraîchement élu. On nous félicita d’avoir évincé une femme qui aurait fait du tort au pays. Pourtant nous n’avions pas vraiment élu notre  président. On nous parla sympathiquement d’un Hollande plutôt brave pendant qu’un Sarkozy détesté était cloué au pilori. On nous parla surtout de la culture française et des philosophes du pays des Lumières. Sartre était ici un maître à penser, et Alain Badiou n’avait rien à lui envier. Les « 400 coups » traduit en Farsi avait fait de Godard un maître du cinéma pendant  qu’étrangement Marjanne Sartrapi ou Asghar Farhadi ne leur évoquaient pas grand chose. La surprise vint de la musique. Alors que leurs connaissances littéraires et cinématographiques semblaient être un puit sans fond, c’est bien Lara Fabian et son « Je t’aime » tonitruant qui nous cassait ici les oreilles.

En Ouzbékistan, l’étonnement nous fit presque perdre notre latin. À la frontière, le doux son du français évoqua... Line Renaud. La réaction d’un Christophe dubitatif ne se fit pas attendre « Mais elle existe encore celle-là ? »

En Chine, celle qui avait la préférence des Hans fut la célèbre Dame de fer. Pas vraiment humaine certes, mais tellement adulée. Il n’était pas rare de croiser sa miniature se balançant au son d’un cliquetis métallique sous un rétroviseur ou de trouver son image surmontée de sourires forcés sur les smartphones de ceux qui avaient eu la chance de poireauter quelques heures pour monter d’un coup d’ascenseur à son sommet. 

Le Laos, dont le français avait été la langue il fut un temps, avait conservé son amour de la chanson française. Bien qu’il fut Belge, Brel résonnait encore dans les mémoires de ceux qui entonnaient un « Ne me quitte pas » hésitant. Piaf n’était jamais bien loin et son hymne à l’amour avait du voir s’endormir bien des générations. Et puis les laotiens jouaient volontiers à la pétanque, même si les règles avaient été modifiées et que l’argent était bien souvent le moteur pour tirer ou pointer.

Alors que nous nous trouvions au Vietnam pendant la finale de la coupe d’Asie de football, il fut évident que les stars furent sportives. À chaque achat de Banmi on nous rappelait que la baguette  avait été importée par messieurs les colons. Celle de campagne avait laissé place à un vulgaire  pain blanc rendu caoutchouteux par l’humidité ambiante, mais il nous fallut avouer que le jambon beurre était bien fade face au poulet épicé mariné et aux multiples herbes fort goûtues enfermées dans la mie au doux parfum de France. Au delà de tout ça, on avait conservé ici une double vision de la France, l’aimant et la détestant dans une même phrase. Nos ancêtres avaient laissé un beau bordel et les vietnamiens étaient plutôt du genre rancuniers.

Au Cambodge, notre pays passait par l’image d’un vieux beau légendaire, je nommerai Monsieur Alain Delon. À tel point que l’homme avait même donné son nom à un paquet de cigarettes surmonté d’une photographie inspirant le dégoût. Pas certaine qu’il s’agissait là d’un réel  hommage...

En Malaisie, on nous parla de notre président encore. Acceptions-nous ses réformes? Il nous fut difficile d’avouer que nous les connaissions certaines fois bien moins qu’eux, suivant au compte-gouttes un vaste chantier qui semblait de loin ébranler notre pays.

En Indonésie, où nous nous trouvions actuellement, le ballon rond avait fait son grand retour. Mais ici, on nous parlait plus volontiers de celui qui, même en France, était resté un mythe. Zinedine Zidane était définitivement international. Et français. N’en déplaise à ceux qui jugeraient que son nom ne l’est pas assez. Même dans nos cœurs d’ignorants dudit sport, Zizou avait creusé son terrier. Il faut dire que l’homme, sans le savoir, nous avait ouvert bien des portes.

Ce qui était apparu international aussi, c’était la moue dubitative qui se dessinait sur les bouilles de nos interlocuteurs quand nous disions « France » et qui s’éclairait brusquement quand nous évoquions « Paris ». J’avais appris jadis, du fond de mes cours d’histoire, qu’un grand homme réformateur avait dit un jour « Paris est en France. Mais Paris n’est pas la France ». Citation que j’aimais à ressasser à mon double qui se targuait souvent d’être un « vrai » parisien. Mais il fallait se rendre à l’évidence, bien que mon fond chauvin en détesta l’idée. Paris évoquait plus la France que la France elle-même. Je venais d’en faire une nouvelle fois l’expérience en rédigeant ces lignes, L’indonésien qui vendait le café sur le ferry qui nous emmenait à Java m’avait regardé perplexe à l’énonciation de la France. Mais Paris illumina son visage et il me sourit en répétant « Paris, ôôôh Paris » pendant qu’il levait le pouce en signe d’approbation.

Nos roues allaient bientôt nous porter au pays du Soleil Levant. Là-bas, Zizou était le roi, je le savais déjà. Chirac était adulé comme aucun de ses successeurs ne l’a été. Pour se faire apprécier, notre Président aurait tout intérêt à partager sa passion du Sumo...

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