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Les caprices de Pépère

July 14, 2018

Pépère a fêté avec nous, il y a quelques jours son premier anniversaire sur les routes d’Asie. Le petit jeunot -il fêtera ses 20 printemps dans quelques mois- est de fait le cadet de l’aventure. C’est avec une certaine fierté qu’il souffla cette première bougie. Parce qu’il faut le dire, ce n’était pas gagné. Nous n’avons jamais douté de son potentiel. Nous non. Mais avant le départ, les boutades fusaient de toutes parts. « Aller en Def en Asie? Êtes vous seulement conscients que vous ne trouverez aucune pièce détachée au royaume du concurrent nippon? » Pendant que nous comptions les compères de Pépère sur les doigts d’une main, le géant japonais écrasait le monde asiatique de son omniprésence. Mais Pépère était de ces prétendus mauvais élèves toujours sis au fond de la classe, profitant d’une inattention du professeur pour aller coller des bouts de papier mâché déchiquetés au plafond à l’aide d’une sarbacane de fortune -oui nous sommes nés dans les années 80, chacun ses références. Un calme apparent donc, une position d’outsider confortable, et une entière abnégation dans la volonté de porter de ses roues le périple. Après tout, il connaissait déjà beaucoup plus l’immensité de la planète bleue que nous autres, grâce à Julien d’abord qui l’avait amené maintes fois au Maroc et même en Iran, et à ses  précédentes familles, avec qui il avait voyagé en Amérique latine.

Il avait joué le coquin à seulement 50 kilomètres de la maison familiale et avorté un premier départ. Il était un peu cet athlète trop pressé qui d’un air de défiance regardait ses adversaires pester contre lui. Il aimait trop le fromage et n’était juste pas prêt. Peut être ne l’avions-nous pas assez écouté. Nous ne le connaissions que trop peu. Les rendez-vous avaient pourtant été multiples et maîtrisés par des tiers aux dons incontestables: un MacGyver des temps modernes, chapeau de cow-boy sur la tête, maîtrisant les étincelles électriques et les courants d’eau comme personne d’abord, puis des mécaniciens œuvrant tels de prodiges musiciens sur l’orchestre en formation qu’était notre bolide. Hugo, tour à tour le tournevis, la clé de 22 ou le serre-joint à la main avait écouté, puis répété chaque action comme un gamin désireux d’amasser toujours plus de connaissances. Pépère était une langue. Un Espéranto d’objets et de mécanique éparses. Nous avions entamé l’apprentissage de son alphabet, mais c’est bien sur la route que nous l’avions confirmé. Nous n’étions certes toujours pas polyglottes, ne parlions pas couramment à dire vrai, mais étions désormais à l’aise sur la communication basique.

Parce que oui, le loustic nous en avait fait voir des vertes et des pas mûres. Non, ce n’était pas parce qu’il était Land Rover plutôt que Toy, Defender plutôt que Land Cruiser. La faute était plutôt à mettre du côté des presque 41000 kilomètres qu’il avait aujourd’hui engloutis. Les débuts furent burlesques. Ses airs théâtraux, mêlant regards de défiance et coups fourrés nous avaient usés. Pourtant, rien de grave n’était à déplorer. Petites broutilles en brochettes croustillantes et son consommé de pépins craquants. Un bouchon de réservoir d’eau fuyant, qu’une simple bouse de silicone avait contré, un tuyau du chauffe-eau dilaté qui avait transformé l’habitacle en un hammam pas vraiment désiré - les serre-joints très souvent tu vérifieras-, puis des phares démissionnaires annonçant leur retrait par une chute vertigineuse. Ces broutilles apparurent pourtant aussi insurmontables qu’une ascension de l’Everest. Ou comment le stress du néophyte pouvait nous pourrir la vie et le voyage. 

Et puis nous arrivions chez nous dans la Perse colorée et safranée. Chez nous parce que nous  avions ce sentiment rassurant de retour à la maison. Mais notre maison sur roue fit sa première crise d’ado. Vitre de toit explosée - le mystère reste entier- batterie solaire à plat -la faute à ce coquin de convertisseur, une merde pour les batteries qu’on se le dise- transfert qui pisse à souhait- au moins autant qu’un homme trop enivré qui se délivrerait de sa boisson fétiche à base de malt. Et voilà que le chauffage intérieur décidait de suivre la cadence, soucieux du mouvement social entamé par les potes. Sans parler du petit frère, le chauffage du tableau de bord qui avait carrément entrepris de partir en fumée. Une loi des séries difficilement supportable après seulement deux mois sur les routes. Une loi des séries à deux doigts de me botter le derrière direction la case départ. Aujourd’hui j’en souris. La batterie solaire joue les pachas sous l’Astre de feu en Indonésie, la vitre de toit a disparu sous une multicouche de scotch et ne cassera plus. Le chauffage? Ce bon vieux Cricri ne s’avouant jamais vaincu, il ne lui aura pas résisté bien longtemps. Le transfert? Une de nos plus belles fiertés mécaniques, une superbe étanchéité réalisée dans une casse de Land Rover en Malaisie. Mais si vous vous demandez, oui il suinte toujours. C’est un Def. L’étanchéité, très peu pour lui. Après tout, ce n’est qu’une voiture So British, vous voyez, ce pays où jamais le ciel ne pleure...

Et surtout en Iran, nous rencontrions Cricri. Un fin pédagogue, une patience dont seul le Dalaï lama a le secret et une connaissance de la mécanique dépassant les frontières. Et le plus important, une abnégation sans limites. Trouver la solution en trouvant le problème, même si pour ce faire, il fallait jouer aux Lego des heures durant. Docteur en pronostics, il lui arrivait même de parier ses parties génitales. Il nous apprit surtout à ne plus avoir peur. Oser démonter notre maison sur roues, sans appréhender la suite. Parce que le problème majeur résidait en cela: ne connaissant rien, ou presque, nous faisions du moindre micro-pépin une montagne. En témoignent mes posts sur l’Iran. Suite à ces écrits, les messages de soutien, un brin inquiets ont  afflué de toutes parts. Une directive émanant de mon homme vit alors le jour: de Pépère et de ses tracasseries, je ne parlerai plus. Ou moins. Finalement plus raisonnable. Parlez-vous à votre entourage de votre machine à laver qui fait des siennes ou de l’électricité qui a sauté à cause du grille-pain? Non... Quoi qu’il en soit, Cricri nous avait donné les clés de la mécanique. Il nous fallait désormais oser. Voir nos deux cadets qu’étaient Simon et Jordan oser du démontage à la pelle finit par nous convaincre définitivement de mettre les mains dans le cambouis.

Le premier « vrai » pépin arriva finalement pendant la traversée de l’Empire du milieu. Pépère fut atteint de sévères secousses et tremblements. Nous ne pouvions plus tenir la bête quand elle se  réveillait, au delà de 80km/h. Cette fois-ci, autant le dire, nous avons flippé. Je fus tout bonnement privée de conduite, alors que nous devions enchaîner les kilomètres le jour durant. Fit alors son apparition l’entraide entre Landistes. Nous savions que Land Rover comptait une belle communauté de fous de la bête, nous connaissions vaguement le salut Landiste, ce truc incroyable qui nous étonna la première fois lorsqu' un limousin nous fit un grand salut alors que nous avions une plaque parisienne. En général, c’est plus queues de poisson à déguster sur place... Nous étions loin d’imaginer la passion dévorante et l’entraide qui en résultait. À ce moment critique, tout un groupe de fous du Land se joignit à nous via les réseaux sociaux pour trouver la faille. On essaya maintes et maintes choses, écoutant les conseils avisés de nos aînés, mais le Pépère souffrait un peu plus chaque jour. Les huiles s’extirpaient par tous les trous sans crier gare. Finalement nous trouvions le responsable, du moins pour un temps: notre tirant de barre Panhard était sectionné en deux. Une pièce pourtant bien costaude, dont grand nombre d’afficionados de la marque anglaise nous dirent ne jamais avoir vu rompue. Le majestueux Pamir avait laissé des traces... Cette fois encore, la chance nous sourit et le bon samaritain prit forme en la personne de Bernhard. Un super autrichien, soudeur extraordinaire qui répara tout ça en un temps record.

Son œuvre est toujours confortablement installée sur notre bolide. Les tremblements cessèrent un temps puis revinrent gentiment. C’est finalement au Laos que nous réglions enfin le problème. Des maudits silents-blocs en charpie. Rien de plus normal pour une pièce de polyuréthane coincée sur un châssis supportant 3 tonnes me direz-vous... 

Pendant que nous réglions cette broutille, ce fut notre réservoir de gazole qui décida de mouiller ses couches. Les tentatives de réparation multiples furent vaines. C’est finalement à Bali, grâce à nos sponsors, que nous changions finalement la pièce.

Dans l’intervalle, d’autres pépins décidèrent de se caler là en rang d’oignons. Rien qui pouvait nous arrêter, mais la liste grandissait conjointement à notre procrastination. La Malaisie fut pour nous un paradis. Alors que la Thaïlande avait commencé à dévoiler quelques Séries et autre antiques Land Rover, la Malaisie s’avéra le pays du Def.

Et du 300TDI qui plus est. Dans une casse non loin de Hipo, nous rencontrions Karthik, un génie mécanicien propriétaire d’un empire de plus de 700 Pépères, à l’inégalable accent indien. Nous lui parlions de notre chauffage. Il répondit par le don. Dans un pays où la moyenne de température avoisine les 35 degrés avec un taux d’humidité qui nécessiterait une douche toutes les 10 minutes, les chauffages, on les vire des bagnoles. Notre demande lui parut un brin fantaisiste, voir délirante, mais il comprit. Le Japon était pour lui un pays froid. Nous ne lui parlions alors même pas de la lointaine Russie. Il nous donna cette pièce fort onéreuse puis nous entreprîmes avec lui d’étanchéifier notre fameux transfert. Il nous donna également un demi-arbre de roue et une ceinture de sécurité. Nous ne payions qu’une toute petite main meneuse. Un conseil donc: si vous choisissez de partir en Def en Asie, essayez de vous tanker à quelques kilomètres de chez lui...

Finalement, pour la première fois depuis le début du périple, Pépère était tout neuf. Un peu de chirurgie n’avait jamais fait de mal à un Def. Le coquin nous lâcha la grappe un moment avant de réitérer ses caprices avec le réservoir. Puis le frigo. Cette satanée machine décida de nous abandonner au plus près de l’océan, où poissons et crustacés avaient un goût de noisette quand ils pouvaient être conservés au frais. C’est finalement à Lombok que nous le réparions, après avoir attendu une pièce d’Australie qui ne servit à rien.

Nous sommes désormais à Sumbawa, et la bête se porte comme un charme. Nous avons appris à la connaître. Ses doux sons, ses bruits ordinaires et moins ordinaires, son moteur ronronnant. Et ses moindres boulons. Il y un an, nous ne savions pas vérifier le niveau d’huile. Aujourd’hui, je vous parle de tirant de barre Panhard, de main meneuse, de blocage de dif, de rotules à graisser et ce nouvel alphabet n’est plus du charabia. Il y a un an, nous étions des néophytes. Aujourd’hui, nous apprenons à chaque nouveau pépin, et Hugo se frotte les mains à chaque nouveau démontage. Les méandres de la mécanique le mettent en joie pendant que je me ravie de saisir de quoi il me parle. Les pépins nous ont peiné, effrayé parfois mais jamais arrêté. Nous savons désormais que la solution n’est jamais bien loin, même si elle se planque souvent sous une couche tenace de cambouis et de boue. Pépère fait aujourd’hui partie de l’Asie en Soi-e plus que nous autres après qu’il ait accepté d’être enfin apprivoisé. On le laisse pisser tranquille, broncher tranquille, vadrouiller tranquille. Un Def ne saurait être autrement que tranquille. 

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